« 4 novembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 13-14], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5954, page consultée le 25 janvier 2026.
4 novembre [1844], lundi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour mon petit homme chéri, comment vas-tu ce matin,
mon amour ? As-tu bien dormi ? Quant à moi j’ai eu une insomnie qui m’a duréa toute la nuit. À l’heure où je t’écris
je me sens encore toute brûlante et toute fiévreuse. Je crois que cela tient au café
noir que j’ai pris et dont je n’ai pas l’habitude. Tant pis pour moi, cela m’apprendra
une autre foisb à être plus sobre.
J’ai embrassé ma Péronnelle1 ce matin. Lanvin est venu la chercher et nous a appris que
M. Pradier était arrivé de samedi soir.
Cette chère enfant est partie très courageusement et j’espère que toute la quinzaine
s’en ressentira. Tu l’as comblée de joie hier en acceptant sa petite tasse. Mais comme
toute bonne chose a son mauvais côté, vous m’avez DÉSESPÉRÉE car je comptais les
GARDER TOUTES LES DEUX. Voime, voime
Mamselle Chichi est très vexée. Baisez-moi
vilain chipeurc et n’y revenez
plus. Je n’ai pas besoin qu’on vienne me prendre mes tasses et ma fille.
Entendez-vous ça ? Pauvre cher ange beau, doux et bien-aimé, je suis très heureuse
quand tu veux bien être [copin ?]2 avec moi. Je voudrais
avoir tous les jours des jolies choses pour te les donner, tu le sais bien, n’est-ce
pas mon adoré ?
Je t’ai dit que j’étais chargée de tous les remerciements et de
toute la reconnaissance de cette pauvre Joséphine. Elle a été touchée aux larmes de ta bonté. Elle espère que
cette émouvante lettre3 aura un bon et entier résultat. Moi je l’espère aussi
parce que tout ce que tu fais porte bonheur.
Te
verrai-je aujourd’hui, mon amour ? Est-ce que tu ne pourrais pas venir travailler
chez
moi ? Je ne te dérangerais pas mais je te saurais là, auprès de moi, je respirerais
le
même air que toi et je serais heureuse. Vois donc, mon doux adoré, si cela ne peut
pas
s’arranger sans te gêner. Je te vois vraiment trop peu, mon bien-aimé, tu dois le
reconnaître et le sentir si tu m’aimes un peu. Juge de ce que j’éprouve, moi qui ai
mis toute ma vie dans ton amour, toute ma joie dans ton sourire et tout mon bonheur
dans tes baisers.
Juliette
2 La lecture donne apparemment « cupin » ou « copin ». « Copin » est une graphie possible pour « copain ». Mais ce terme n’est jamais employé par Juliette. Un doute subsiste donc sur cette lecture.
3 Il s’agit d’une lettre de recommandation adressée à M. Orfila, doyen de la Faculté de Médecine de Paris et membre du conseil général des hospices.
a « durée ».
b « autrefois ».
c « chippeur ».
« 4 novembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 15-16], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5954, page consultée le 25 janvier 2026.
4 novembre [1844], lundi soir, 10 h. ¾
Je t’écris bien tard, mon cher bien-aimé, parce que j’ai voulu aider Eulalie et pour qu’elle ne perdîta pas de temps à découdre ta chemise, c’est moi qui l’ai décousue. Du reste, elle n’était venue ce matin qu’à dix heures, ce qui est cause qu’elle a veilléb jusqu’à dix heures ce soir. Suzanne vient de rentrer de chez sa cousine. Je me suis aperçue que tu avais oublié ta clef. C’est moi qui t’ouvrirai, mon cher amour, et je ne te ferai pas attendre, tu verras. Suzanne me dit qu’il pleut dans ce moment-ci. C’est vraiment consternant. Quelle affreuse année pluvieuse ! Nous n’aurons pas eu vingt jours de beau temps ! Je pense que tu auras la précaution de t’envelopper de ton grand paletot. C’est le cas ou jamais. Mon Dieu que je t’aime mon Victor bien-aimé ! Toujours de plus en plus. Cela ne me paraît pas possible à moi-même et cela est pourtant. C’est un miracle de l’amour d’aller toujours croissant quoiqu’il occupe toute la vie dès le premier instant qu’on aime. Je te dis cela comme en revenant de Pontoise1 et pourtant je sens bien vivement ce que je veux te dire. N’importe, tu es ma vie et le jour où tu ne voudras plus de mon amour je mourrai. Oh que je voudrais que cette éternelle histoire soit finie et BIEN FINIE2. Je donnerais deux jours, deux mois de ma vie pour cela. Oh ! si j’étais QUELQU’UN comme je me dépêcherais de faire à moi tout seul une chose pour laquelle on n’a pas besoin d’aide quand on a du sang dans les veines. Ce bonhomme sera bien absurde s’il ne le fait pas. Quant à toi tu seras mon Toto toujours plus grand, toujours plus [digne ?] d’admiration et d’adoration quoi qu’il arrive et quoi qu’on fasse.
Juliette
1 Avoir l’air de revenir de Pontoise : avoir l’air hébété, confus, troublé.
2 L’élévation de Victor Hugo à la pairie.
a « perdit ».
b « veillée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
