« 15 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 253-254], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5524, page consultée le 03 mai 2026.
15 octobre [1844], lundi soir, 4 h. ½
Bonjour, mon Toto chéri, bonjour, mon cher amour bien aimé, bonjour toi, ma vie, mon
âme, bonjour, bonjour. Je voudrais bien te voir, mon petit Toto, est-ce que tu ne
pourras pas venir un peu tout à l’heure ? La journée me paraîtra bien longue et bien
triste si je ne te vois pas un peu. Tâche de venir, mon petit Toto, tu me feras la
plus grande joie et le plus grand bonheur que je puisse désirer.
Je n’ai pas
envoyé Eulalie chez Mme Luthereau parce que cette
dernière m’a écrit qu’elle viendrait peut-être aujourd’hui. Dans le cas où elle ne
serait pas venue ce soir, je lui écrirai en lui envoyant l’épingle demain matin par
Eulalie. Je crois que c’est assez bien arrangé comme cela, n’est-ce pas mon petit
ami ?
Jour Toto, jour mon cher petit o, Juju vous aime de tout son cœur, et vous ? Ne mentez pas, scélérat,
l’aimez-vous ? Voime, voime, à côté il y a de la
place pour une autre. Hum ! Si j’en étais bien sûre làde ces preuves....a je vous tuerais, non, je me gênerais. Vous n’auriez
d’ailleurs que ce que vous mériteriez. Taisez-vous, vilain monstre, vous ne méritez
pas d’avoir une aussi bonne Juju que moi, A/E mentb.
Baisez-moi et venez bien vite, ça vaudra bien mieux que de me laisser
dire des bêtises.
Juliette
a Juliette ponctue de quatre points.
b Rébus :A/E = assurément.

« 15 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 255-256], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5524, page consultée le 03 mai 2026.
15 octobre [1844], mardi soir, 8 h. ¼
Va, mon cher petit bien-aimé, cela ne me fait pas de mal de t’écrire, non, non, mille
fois non, au contraire, cela me fait du bien. Ce qui ne me fait pas de bien, c’est
de
t’attendre, c’est de croire que tu ne m’aimes plus, c’est d’être méchante et absurde.
Voilà ce qui me fait mal aux yeux. Voilà ce qui m’arrive plus souvent qu’à mon tour.
Ce soir je suis très contente. J’espère que tu vas venir bientôt et cela me
réjouit le cœur et me rafraîchit la vue. Je me dépêche pour que tu ne me trouves
pas en train de te gribouiller
ou en train de serrer mon linge car c’est aujourd’hui le jour de la blanchisseuse.
J’ai écrit à Mme Luthereau et à Dabat, tu
mettras la lettre à la poste ce soir et Eulalie portera l’autre demain matin.
Jour Toto, jour mon cher
petit o. Je suis bien heureuse, je t’aime et mes yeux vont très bien. Si tu peux venir
tout à l’heure, je n’aurai plus rien à désirer. En attendant, je vais être bien
raisonnable, je ne lirai que d’un œil à la fois et je mettrai un garde-vue vert. Voime, voime, Mlle Chichi est fort intéressante comme cela[Dessina]. Ia, ia, monsire, matame, il est son sarme1.
On pourrait choisir ce moment-là pour me daguerréotyperb, ça serait charmant.
Affreux bonhomme, va. Tu
voulais me faire tomber dans un affreux piège, mais j’y vois encore assez clair pour
ne pas donner dans le godant2. Donnez-le à votre
voisine, votre garde-vue, cela lui montera l’imagination. Mais quant à moi, ne vous
y
frottez pas ou je vous frotteraic
les épaules. Baisez-moi, monstre d’homme, et aimez-moi.
Juliette
1 Imitation de l’accent allemand pour « oui oui monsieur madame, il est son charme ».
2 Donner dans le godant : donner dans le piège, se laisser abuser.
a Autoportrait en lectrice de journal.

b « daguerréotyer ».
c « frotterez ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
