« 9 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 227-228], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5518, page consultée le 07 mai 2026.
9 octobre [1844], mercredi matin, 11 h. ½
J’espère que je vais enfin terminer cet informe gribouillis, mon Toto chéri, mais
tu
sais d’avance que ça n’a pas été ma faute. D’ailleurs je voudrais qu’il ne finît
jamais si cela pouvait te faire venir plus souvent.
Bonjour, mon Toto bien aimé,
comment vas-tu ce matin ? J’ai rêvé de toi toute la nuit. La conversation de cette
nuit au sujet des enfants de Julie1 et des tiens a déteint dans mes rêves en gris et noir. Au reste, il
est très rare que je fasse des rêves couleur de rose.
Mon Dieu, quelles
exécrables plumes j’ai ! Depuis hier je les taille sans pouvoir en venir à bout. Elles
sont grasses et cassantes et le canif est ignoble. Je fais un mauvais sang hideux.
Je
vais un envoyer acheter d’autres car il est impossible que je gribouille quoi que
ce
soit avec cela ! Vrai, c’est agaçant. Quand je pense que je suis obligée de revenir
à
quatre fois sur un seul mot, il y a de quoi grincer des dents. Quelles atroces
plumes ! Je ne sais pas ce que je n’aimerais pas mieux que ces hideux machins. Je
vous
aime, mon petit Toto, et j’ai quelque mérite à vous le dire au milieu des plus grandes
difficultés. Je vous adore.
Juliette
1 On ne sait de quelle Julie il s’agit.
« 9 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 229-230], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5518, page consultée le 07 mai 2026.
9 octobre [1844], mercredi midi
Les trente-six infortunes de Jocrisse1 ne sont rien auprès des miennes, mon
amour. Tu ne peux pas te figurer ce que je souffre à écrire avec ces absurdes
trognons. De quelque côté que je les retourne, je n’en peux pas venir à bout.
J’attends aveca impatience que Suzanne m’en apporte
d’autres. En revanche, si mes plumes sont mauvaises, mes pensées sont bien bonnes
car
elles sont toutes occupées de vous et elles vous désirent tout le bonheur possible.
Pauvre ange bien aimé, tu n’en auras jamais autant que tu le mérites, quand bien même
le bon Dieu te donnerait toutes les félicités de la terre. Je t’aime, mon Victor
chéri, je t’aime, tu es beau, noble, grand, généreux, sublime et adorable, je t’aime !
Ce ne sont pas des paroles en l’air que je te dis là, mon Victor adoré, c’est la
vérité toute grossière et toute naïve comme il m’est donné de l’exprimer à moi, pauvre
Juju ignorante.
Quand te verrai-je, mon Victor ? Tu n’es pas sorti de chez moi
que je pense au moment où tu reviendras et que je le presse de tous mes vœux. Tâche
que ce soit bientôt, mon Victor, tu me rendras bien heureuse. En attendant, je vais
faire ton eau et puis je me débarbouillerai. Tu serais bien gentil de m’apporter à
copire tout à l’heure. C’est si amusant que je ne m’en lasseraib jamais.
Juliette
1 Juliette fait probablement référence aux Vingt-six infortunes de Jocrisse, ensemble de pièces de théâtre écrites par Beaunoir en 1814.
a Le mot est répété par erreur.
b « lasserais ».
« 9 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 231-232], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5518, page consultée le 07 mai 2026.
9 octobre [1844], mercredi soir, 4 h. ½
Je ne t’ai pas encore vu, mon bien-aimé, c’est bien peu pour 18 heures d’attente. Le beau temps m’avait fait espérer que je te verrais, non
seulement comme d’habitude, mais encore que tu me mènerais peut-être voir Claire. Je m’étais habillée à tout événement, mais
j’en suis pour mes frais de préparatifs et pour mes espérances déçues.
Cher
bien-aimé adoré, je ne t’accuse pas, le ciel m’en est témoin, mais je souffre de ton
absence. J’attribue même à mon impatience l’affreux mal de tête que j’ai dans ce
moment. Je fais tout mon possible pour me calmer et pour rentrer dans mon assiette
mais tous mes efforts n’aboutissent à rien moins qu’à avoir les joues rouges et la
tête comme du feu. Si tu peux me faire marcher ce soir, je ne refuserai pas, je
t’assure. En attendant, il faut venir bien vite, mon Toto chéri, pour que je sois
guérie et consolée.
Je suis bien fâchée qu’on t’ait pris le portefeuille du Rhin. Outre le dommage que cela te cause, c’est une perte
irréparable pour moi et qui me fait un très vif chagrin. Vois-tu, mon Toto, tu ne
devrais jamais rien laissera trainer
de ton écriture chez toi. Et tu devrais ne jamais me rien reprendre de ce qui
m’appartient si légitimement. Tu en vois les inconvénients. Je t’embrasse, mon âme.
Je
t’adore.
Juliette
a « laissé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
