« 19 juillet 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 273-274], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11741, page consultée le 25 janvier 2026.
19 juillet [1844], vendredi matin, 10 h. ¼
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon bien-aimé, bonjour, le plus beau et le plus
aimé des hommes, comment que ça va ce matin ? Je vais vous apprendre une nouvelle,
monseigneur, c’est que le fameux verre bleu vient d’être cassé par ma servarde1 à l’instant même. J’en
suis très vexée, en somme, parce qu’il me rendait service, tout bleu et tout hideux
qu’il était. Encore, si c’était vous, j’aurais pu vous le faire payer. Mais avec cette
stupide fille, j’en suis pour mes frais de verre cassé et de nez de carton. Taisez-vous, vilain, et ne riez pas de mon
malheur, je vous le défends.
Je voudrais savoir comme va notre cher petit
Toto2. Pauvre petit
bien-aimé ! Si celui-là n’a pas de prix, ce sera bien injuste car il est impossible
d’être plus courageux et plus assidu que ce pauvre bien-aimé-là. Pourvu qu’il ne soit
pas souffrant, c’est tout ce que je demande.
Depuis six heures du matin, on
démolit au-dessous de moi le rez-de-chausséea pour en faire une boutique. Je n’ai pas besoin de te
dire le tapage Sterling que cela fait chez moi.
Mais comme j’étais très souffrante, je ne m’en suis pas levée plus tôt. Du reste,
je
vais bien à présent, ce n’était qu’une mauvaise digestion, voilà tout, et si vous
vouliez me venir chercher pour aller à Constantinople ou aux Marronniersb3, vous verriez si je me ferais longtemps attendre. Essayez-en
pour voir, rien que pour voir et vous VERREZ.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Il me semble que tu m’as donné une commission hier et je ne peux pas m’en
souvenir. Je sais bien que tu viens souper ce soir et j’ai tout fait préparer pour
cela, mais je crois que tu m’as dit autre chose encore. Nous verrons cela quand tu
viendras ; il est probable que cette commission, si tu me l’as donnée, n’est ni passée
ni importante. Ainsi, je ne m’en tourmente pas. Je t’aime, je te désire et je
t’espère.
Juliette
3 Les Marronniers est un restaurant réputé de Bercy.
a « rez-de-chaussé ».
b « maronniers ».
« 19 juillet 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 275-276], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11741, page consultée le 25 janvier 2026.
19 juillet [1844], vendredi soir, 5 h.
Je vois bien qu’il faut que je me résigne à ne te voir qu’à l’heure de ton souper,
mon cher adoré, cela ne me [sourit ?] guère, mais enfin, puisqu’il le
faut, je fais tout mon possible pour me résigner. Demain soir, j’aurai ma pauvre
Péronnelle1 qui sera bien
heureuse et bien SURPRISE. Je veux que tu lui donnes toi-même son petit bracelet ;
la
joie qu’elle te devra me fera cent mille fois plus de plaisir que si je lea lui donnais moi-même. Je voudrais que tout
le monde t’adore mais je veux aussi que tu n’aimes personne que moi. Voilà ma
VOLLONTÉ. Baisez-moi, vilain monstre, et aimez-moi si vous tenez à votre vie.
Que dîtes-vous de cet affreux temps ? Moi, je le bénis aujourd’hui parce que sans
lui,
je serais aveuglée par la poussière des démolitions tandis que je n’ai rien à craindre
que les araignées que les maçons et la pluie forcent à se réfugier chez moi. Depuis
ce
matin, Suzanne et moi, nous sommesb à la chasse. Aimable occupation !
J’ai essayé de nettoyerc les gants
de suède avec de la mie de pain mais cela ne m’a pas réussi. Je ne sais pas s’il y
a
un moyen de les décrasser mais je ne le connais pas. Tu verras, du reste, si tu les
veux. Tu n’es pas forcé de les prendre. Je suis honteuse de la platitude et de
l’insignifiance de ma lettre, mais que veux-tu que je te dise, mon Victor adoré, après
t’avoir dit que je t’aime ? Je n’ai pas l’esprit inventif, tant s’en faut, et je
l’aurais que mon amour l’absorberait tout entier sans en rien laisser. Il faut te
résigner, puisque que tu veux que je t’écrive deux fois par jour, à lire toutes mes
stupidités ou ne me laisser dire que ces quatre mots : mon Toto,
je t’aime.
Juliette
a « la ».
b « nous somme ».
c « nétoyer ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
