14 juin 1844

« 14 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 147-148], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11705, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon bien-aimé ; bonjour, comment vas-tu ce matin ? Tu n’es pas venu. J’ai eu beau en être prévenue, j’ai eu beau me raisonner, cela ne m’a pas empêchée d’en être tourmentée et triste comme d’une chose inattendue. Je n’espère pas que tu viendras ce matin mais je le désire de toutes mes forces.
Mme Triger est venue me voir hier au soir ; la mère de Mme Guérard est venue chercher son argent en m’apportant un petit bouquet du jardin de la part de sa fille. Ces deux dames s’en sont allées à 10 h. Je me suis couchée à 11h, j’ai lu pendant quelques minutes et puis j’ai éteint ma lampe pour t’obéir. A 1 h. du matin, j’ai entendu du bruit, j’ai cru que c’était toi et je me suis levée pour t’ouvrir… Hélas !.….a je me suis recouchée bien penaude et j’ai rêvasséb tout le reste de la nuit. Ce matin, je sens que je suis au bout de mon rouleau. Si tu ne viens pas, si tu ne me fais pas sortir, je ne sais pas ce que je deviendrai. J’ai un besoin de toi qui ne peut pas s’exprimer.
Je pense que Suzanne reprendra son service demain1. Je n’aurai donc plus rien à faire qu’à t’attendre ; tâche que ce ne soit pas en vain. D’ici là, je te désire et je t’aime de toute mon âme.

Juliette


Notes

1 Suzanne, la domestique, est convalescente.

Notes manuscriptologiques

a 5 points de suspension.

b « revassez ».


« 14 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 149-150], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11705, page consultée le 01 mai 2026.

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Je vais dîner de bonne heure, mon Toto, pour pouvoir être prête à sortir si tu viens me chercher. Cependant, je ne veux pas me faire une trop grosse joie d’avance pour ne pas avoir un chagrin atroce dans le cas où tu ne pourrais pas venir. Je devrais te gronder pour n’être pas venu hier au soir. Je ne le fais pas mais j’en éprouve une petite tristesse dans l’âme ; car enfin, puisque tu interromps tes affaires avec Bernard pour aller chez Villemain, tu pouvais bien venir me voir chemin faisant ? Ça n’est pas d’un homme qui aime, je le sens plus que je n’ose te le dire et me le dire à moi-même. Je t’aime trop et toi pas assez, c’est bien trop sûr. Mon Dieu, si on achetait de l’indifférence au marché, quelle provision je ferais… Malheureusement, cela ne se peut pas. Il faut que je me résigne, tant bien que mal, au rôle ridicule d’une femme qu’on n’aime plus. Si je suis injuste, bats-moi, je ne demande pas mieux. Si je ne le suis pas, tue-moi et je souffrirais moins. Je voudrais te voir, mon amour, pour te demander pardon, pour te gronder, pour te caresser, pour t’adorer et pour te dévorer. Viens, viens, je t’en suppliea à genoux.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « supplie ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.

  • Début octobrePetit voyage avec Hugo.