« 29 janvier 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 109-110], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11590, page consultée le 01 mai 2026.
Lundi 29 janvier [1844], 11 h. ½ du matin
Tu es étonné de ma paresse, mon cher petit bien-aimé, mais soit apathie soit
malaise, je n’ai aucune activité matinale depuis quelque temps. Cette nuit en
particulier j’ai eu beaucoup de coliques, ce qui a encore redoublé ma paresse
naturelle. Je sens pourtant que je serais plus heureuse de vivre de la vie naturelle
que de celle que je mène depuis quatre mois. Mais comme cela ne dépend pas de moi,
je
me laisse momifier sans résistance.
Tu dois être très près de cette cérémonie
pénible1. Je voudrais qu’elle fût terminée car je
crains pour toi cette nouvelle secousse. Dès que tu seras libre tu seras bien bon
de
venir me rassurer.
J’attends avec bien de l’impatience quoique je sache que tu
ne pourras probablement pas venir du tout. Mais ce n’est pas ma faute, mon amour est
plus fort que ma raison.
Je n’ai pas reçu de nouvelles de Claire, cela me tourmente car je lui avais
recommandé de m’écrire hier. J’espère pourtant que M. Triger serait venu s’il y avait eu quelque chose de grave. Je me
tranquillise avec cette pensée.
Mon Toto bien aimé, je t’aime. J’ai besoin de te
le dire toujours comme j’ai toujours besoin de te voir. Ne t’occupe pas de mes
tristesses et de mes plaintes, cela ne peut pas être autrement. Je t’aime, voilà tout
ce que cela prouve.
Juliette
1 Charles Nodier décède le 27 janvier 1844 et est enterré au cimetière du Père-Lachaise.
« 29 janvier 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 111-112], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11590, page consultée le 01 mai 2026.
29 janvier [1844], lundi soir, 6 h. ½
Je t’attends toujours, mon Toto, mais je ne t’espère pas. Ce sera une véritable
surprise bien joyeuse pour moi si tu viens. Hélas ! C’est peu probable. J’ai une
migraine atroce qui m’a commencé cette nuit. Dieu veuille qu’elle s’achève la nuit
prochaine. J’ai ta montre avec les deux verres en cristal, déduction faite de celui
qui restait, j’ai donné 7 f. J’espère que tu les casseras moins à présent, sans cela
l’économie serait peu avérée. Je n’ai toujours pas reçu de lettre de ma
péronnelle1, ce qui me laisse toujours dans une espèce d’inquiétude
agaçante.
Tout ce que je te dis là est bien intéressant et bien drôle, n’est-ce
pas mon Toto ? Que veux-tu, je suis aplatie par le mal de tête et abrutie par le
régime pénitenciera que je suis depuis quatre mois. Pour rester dans une espèce
de calme apparent, je suis obligée de ne toucher ni à mon cœur ni à ma tête. Le
premier est malade de trop aimer, la seconde est remplie de pensées tristes et folles.
Aussi pour ne pas dire des extravagances et pour ne pas pousser des gémissements
inutiles, je ne dis que des absurdités, cela vaut encore mieux peut- être. Quand tu
liras cet informe gribouillis, je t’aurai vu, mon pauvre ange, et je serai moins
malheureuse et moins éteinte qu’à présent. En attendant, je fais ce que je peux pour
être raisonnable.
Juliette
1 Sa fille, Claire Pradier.
a « pénitentier ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
