« 28 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 219-220], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11520, page consultée le 24 janvier 2026.
28 décembre [1843], jeudi matin, 11 h.
Bonjour mon Toto, bonjour mon cher petit Toto. Bonjour, je t’aime, je t’aime, je
t’aime. Je ne sais comment te remercier, tu as été bon comme le bon Dieu hier pour
cette pauvre enfant et pour moi. Je voudrais être un ange mon Victor pour t’adorer.
Je
ne suis qu’une pauvre Juju mais je t’aime de toute mon âme.
Je te dirai que
M. Cox-ci-grue1 va un peu mieux ce matin. Je
ne peux pas encore le voir de face mais les trois-quarts me réussissent assez bien.
J’ai eu toutes
les peines du monde à m’endormir cette nuit mais je me suis bien rabibocher le matin.
En somme je vais très bien et M. Chose aussi !
Je poserai mes rideaux aujourd’hui
et puis je prendrai un bain tantôt et puis il n’y paraitra plus. Vous pourrez venir
me
voir mon Toto, vous me trouverez très gaillarde malgré ma chute. Je vous assure que
la
vieille [illis.] ne tombe pas de meilleure grâce que moi et ne supporte pas plus
héroïquement les meurtrissures d’une chute.
Jour Toto, jour mon cher petit o, je vous aime qu’on vous dit et vous m’aimez-vous ? Il ne me
suffit pas peu que vous soyez le meilleur et le plus beau des hommes, je veux que
vous
soyez mon amoureux. J’y tiens comme [roche ?]
à fer et à clou. Je veux que vous m’aimiez comme un enragé ! Je veux que vous me le
prouviez de la bonne façon et que vous veniez tout de suite me baiser à
tire-larigota. En attendant,
vous êtes mon Toto bien-aimé que je baise et que j’adore.
Juliette
1 Jeu de mots probable sur « coquecigrue » (baliverne, sottise). L’allusion nous échappe.
a « tire larigo ».
« 28 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 221-222], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11520, page consultée le 24 janvier 2026.
28 décembre [1843], jeudi soir, 10 h.
J’ai fait tout ce que tu m’avais dit mon bien-aimé. J’ai pris un bain de pieds, un
bain de trois heures au son plus une omelette saur la tête pour me décrasser les
cheveux pendant que j’étais au bain. Avec tout cela mon bel ange je me sens à ravir
et
je peux presque m’asseoir comme tout le monde.
Mais toi mon cher adoré que
fais-tu ? Que deviens-tu ? Comment va ton mal de tête ? Je crains que tu ne te sois
forcé à faire tous les comptes aujourd’hui, y compris ceux de tes actionnaires et
que
tu n’aies augmenté encore le mal de ta pauvre tête. Quoi que tu en dises, mon cher
petit homme, il est bien dangereux de fatiguer une tête malade par cet affreux temps
lourd et humide. Toi plus que personne tu devrais prendre cette précaution. Je crains
que tous ces comptes ne te retiennent bien tard et même j’ai une peur atroce que cela
ne t’empêche de venir du tout. Si cela était je ne sais pas ce que je deviendrais
toute la nuit. Si peu que je te voie, je suis habituée à ce petit contingent de
bonheur et puis c’est une tranquillité pour moi si cela me manquait ce soir, surtout
où je suis si inquiète de toi. Je ne pourrais fermer l’œil de la nuit. Tâche de venir
mon Toto bien-aimé et surtout tâche de n’avoir pas augmenté ton mal de tête. Je serai
bien heureuse si tu ne souffres plus et si je te vois bientôt. Mon Toto adoré je
t’aime, tu ne peux pas le désirer plus.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
