« 9 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 145-146], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11501, page consultée le 25 janvier 2026.
9 décembre [1843], samedi, 10 h. ½ du matin,
Bonjour, mon ravissant Toto, bonjour mon petit bien-aimé. Bonjour comment vas-tu ce
matin ? As-tu pris un peu de repos ? Voilà un bien vilain temps, mon cher petit, il
faut prendre garde à ne pas t’exposer à cet affreux brouillard pour éviter d’avoir
d’atroces douleurs rhumatismales comme les miennes. Je suis presque perclusea ce matin. Depuis la tête, le dos, les
reins, le cœur et le reste je souffre. J’espère quand je serai levée que ça ira mieux
mais je suis bien grinchue ce matin. C’est à peine si j’y
vois assez pour t’écrire. C’est vraiment un moment de l’année triste et ennuyeux
quelle que soit la disposition de cœur et de santé où on soit.
Je suis très
contente que vous lui ayez fait récurer votre fameux bijou.
Il n’y avait que des petites mains blanches et potelées qui
pouvaient vous rendre ce service et vous avez bien fait de vous en servir. Une autre
fois vous ferez bien d’user des mêmes mains et du même procédé, c’est charmant. En
attendant, prenez garde aux grandes griffes, aux grandes pattes noires qui vous ficheront une dégelée dont vous
vous souviendrez mieux que du point du jour et du lever de l’aurore. Méfie-toi Toto,
ça me démange dans le creux de la main, ça va te crever sur la bosse. Voime, voime, prends garde à toi scélérat. À chacun
ses attributions : aux mains blanches et potelées les récurages et la douceur, aux
pattes noires et aux grandes griffes les gifles et les égratignures. C’est logique
et
simple comme bonjour Toto.
Jour mon cher petit o, tu es très gentil et surtout pas taquin du tout. Voime, voime[illis.]. Donne-moi ton cher petit museau que je le baise et tâche de venir bien vite me
baiser et me guérir de tous mes maux. Je te désire et je t’attends avec toute
l’impatience et tout l’amour dont je suis capable.
Juliette
a « perclue ».
« 9 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 147-148], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11501, page consultée le 25 janvier 2026.
9 décembre [1843], samedi soir, 4 h. ¾
Je ne veux pas croire que tu m’oublies, mon Toto, parce que cela me ferait perdre
le
peu de courage et de raison que j’ai encore mais la journée me semble bien longue
et
bien triste en t’attendant. Cependant je ne pense pas que tu aies séance à l’Académie
aujourd’hui ni commissions des auteurs puisque tu y es allé hier. Il faut donc que
ce
soit ton travail ou des visites qui t’empêchent de venir me donner un pauvre petit
bonjour dans un baiser. Ça n’en est pas plus consolant au contraire car il est à
présumer que ce sera toujours ainsi. Autrefois, tu me faisais passer avant tout, même
avant ton travail. Maintenant je passe après tout, quand je
passe ; hélas ! Je ne veux pas m’appesantir sur cette différence d’aujourd’hui et
d’autrefois, il y aurait de quoi me rendre folle de chagrin. Je n’ai pas la tête assez
solide pour lutter avec des regrets comme ceux que j’éprouve quand je pense à mon
bonheur passé. Le bon Dieu loin de me donner de la mémoire devrait m’envoyer l’oubli
de tout. Au moins je ne serais que stupide tandis que je suis malheureuse.
Je
t’écris de bien jolies choses, n’est-ce pas mon pauvre amour ? C’est bien adroit de
ma
part en vérité mais que veux-tu que j’y fasse ? Je t’aime trop pour avoir le sens
commun, ce n’est pas ma faute. Pardonne-moi, mon Toto, et aime-moi si tu veux que
je
vive. Il est bientôt l’heure à laquelle tu viens, même quand tu as des affaires, ce
n’est donc pas le moment de désespérer au contraire. Si tu viens tout de suite je
serai très gaie et très heureuse.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
