« 23 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 83-84], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11555, page consultée le 25 janvier 2026.
23 novembre [1843], jeudi matin, 10 h.
Bonjour mon Toto adoré, bonjour mon Toto chéri. Comment que ça va ce matin ? Quant
à
moi j’ai les oreilles déchirées des cris de Jacquot. Il ne sait rien dire que le mot
florida qu’il braille sur tous les tons. La pauvre
Cocotte est toute interloquée. Je ne crois
pas possible de garder les deux oiseaux ensemble. Jacquot surtout, on dirait qu’il
est
enragé. Ce matin il se jette sur les barreaux de sa cage avec fureur dès qu’on en
approche, ce qui fait que je ne le mettrai pas en liberté aujourd’hui. Quel charivari
grand Dieu ! Merci, j’en ai déjà assez. Malheureusement je ne sais à qui le donner.
Il
est trop méchant pour le donner à Dédé et je
tiens plus que jamais à ma pauvre Cocotte. La comparaison lui a été favorable
quoiqu’elle n’en eût pas besoin pour paraître ce qu’elle est douce et charmante de
tous points. En voilà bien long sur mes deux oiseaux, mais ils font un tel bruit que
j’ai ma pauvre tête en compotea.
J’enverrai aujourd’hui ou demain payer Dabat pour n’avoir plus à y penser. Après nous
aurons à payer Mlle Féau et ce sera tout. Ça ne sera pas malheureux. Pauvre adoré cela ne
t’empêchera pas de passer toutes les nuits à travailler. C’est affreux à penser. Mon
adoré, mon adoré, je baise tes pieds, je voudrais mourir pour toi. Tâche de venir
en
passant si tu vas à l’Académie. Je serai heureuse de te voir un petit moment. Je ne
demande pas à ce que tu me fasses sortir parce que je sens bien que tu ne le peux
pas
mais je te supplieb de venir me voir
un tout petit moment. Cela me comblera de joie pour tout le reste de la journée. Ne
me
refuse pas cela mon Toto bien-aimé, je t’en suppliec.
Juliette
a « compotte ».
b « suplie ».
c « suplie ».
« 23 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 85-86], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11555, page consultée le 25 janvier 2026.
23 novembre [1843], jeudi soir, 5 h. ¼
J’espérais que le beau temps, l’Académie, l’herbe tendre et quelque Juju aussi te
tentant1 tu viendrais un peu tantôt avant d’aller
à ta boutique. J’avais compté sans mon AUTRE, comme tu vois, aussi je ne suis rien
moins que gaie ce soir. Pourvu que tu viennes tout à l’heure. Il paraît que j’ai la
rage de prendre mon papier à l’envers, peut-être est-ce une manière cabalistique de
te
faire venir. Si j’en étais sûre je ne ferais jamais autrement, s’il le fallait même
je
mettrais tout sensa dessus dessous et
bien autre chose encore.
Du reste, mon Toto, je suis comme une folle et une
énergumène à voir ces deux diables emplumés. C’est bien le cas de le dire cette fois
que : le mieux est l’ennemi du bien. Depuis que j’ai ce
Jacquot de supplément je ne sais à quel
saint me vouer. Que le diable emporte mon beau-frère d’avoir eu la pensée de faire
cette galanterie à sa nièce. Pour peu que cela continue comme tantôt il y aurait de
quoi déserter la maison. Cependant je dois avouer que depuis le bon coup de baguette
que je lui ai donné sur le dos, il est beaucoup plus calme. Mais c’est toujours fort
triste ces moyens-là envers de pauvres bêtes qui n’en peuvent mais du caprice qui
les
font prisonnières eux qui sont faits pour vivre en liberté. D’ailleurs, cela me fait
mal de le corriger ce pauvre oiseau, et s’il n’y a pas d’autre moyen de le dompter,
j’aime mieux m’en priver.
[Est-ce que] mes lettres sont intéressantes ? Voime, voime, je vous
permets de les illustrer comme celles de FEU LASSAILLE. Ce sera encore trop d’honneur
pour ces informes gribouillages. Je t’adore mon Toto.
Juliette
1 Ainsi parle l’âne dans la fable de La Fontaine « Les Animaux malades de la peste » (VII, 1) : « J’ai souvenance / Qu’en un pré de Moines passant, / La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense / Quelque diable aussi me poussant, / Je tondis de ce pré la largeur de ma langue. / Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net ».
a « sans ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
