« 28 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 253-254], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10780, page consultée le 23 janvier 2026.
28 octobre [1843], samedi matin, 9 h. ½
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour le plus beau, le plus doux, le meilleur et le
plus charmant des hommes, bonjour, bonjour, je t’aime. Tu n’as pas été mouillé cette
nuit ? Ta gorge va-t-elle mieux ? Je vais te faire faire de l’eau miellée tout de
suite. Je suis impatiente de sortir de mon lit pour voir l’effet du nouveau
passe-partout. Je suis sûre d’avance qu’il doit être charmant. Je le clouerai et je
le
collerai définitivement pour que tu n’en aies pas la peine. Si je peux, je prendrai
un
bain dans la journée. Je suis un peu fatiguée des jours derniers et surtout je suis
très sale. Et puis je reprendrai mon petit train-train accoutumé et je m’essaierai
à
la relecture de mes manuscrits pour arriver à faire les
vôtres si je peux. Si je n’y parviens pas ce ne sera pas de ma faute car j’ai plus
que
le désir de te faire un petit plaisir. Mais j’aurai besoin que vous me donniez ce
petit peu d’amour pour m’encourager à bien faire. Je suis un peu à chesse, sinon du mien au moins du vôtre. Il va
falloir me ravitailler auparavant de m’embarquer dans un travail de longue haleine et où je dois déployer les trésors de ma maladresse
et de ma stupidité.
N’oublie pas mon adoré que tu dois me donner ton cher petit
portrait et celui de ma fille pour mes étrennes et qu’ils ne
peuvent pas se faire faire dans les grands froids. Il serait prudent de les faire
faire à présent pour être sûr de les avoir au moment et pour que le but soit rempli.
Tu les garderas chez toi jusqu’au 1er janvier 1844. Tu dois reconnaître, mon Toto chéri, que ça ne serait
pas une précaution inutile puisque les grands froids empêchent l’opération de
daguerréotypea de se faire.
Je suis plus qu’impatiente d’avoir ce cher petit portrait et cela me serait un très
vif chagrin que de ne pas l’avoir pour ce jour-là. N’est-ce pas mon Toto que tu y
penseras et que tu me le donneras pour bien commencer l’année ? N’est-ce pas mon cher
amour ? Il y a un autre portrait que tu m’as promis et que je désire presqu’autant
que
le tien mais je n’ose pas t’en parler1. Tâche si
tu le peux de me le donner, je le garderai bien pieusement.
Juliette
1 C’est un portrait de François-Victor Hugo.
a « daguerrotype ».
« 28 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 255-256], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10780, page consultée le 23 janvier 2026.
28 octobre [1843], samedi soir, 4 h. ¼
Comment vas-tu, mon bien-aimé ? Comment m’aimes-tu mon adoré ? Voilà la
préoccupation constante de mes pensées et de mon cœur. Je voudrais bien que tu
m’apportasses en personne la réponse à ces deux questions. En attendant, je vais
prendre un bain. J’ai à peu près fini tous mes nettoyages, il est temps de penser
à
moi. D’ailleurs cela m’a porté bonheur la dernière fois que
j’en ai pris un, je veux voir si j’aurai la même bonne fortune ce soir.
J’ai
cloué le passe-partout, collé du papier tout autour et reposé le petit rideau, c’est
parfait maintenant. Je voudrais que ma pauvre péronnelle pût jouir du coup d’œil dans
trois jours. D’abord pour la voir, ensuite parce que cela l’amuserait beaucoup et
enfin parce que ce serait un signe qu’on est content d’elle. Pauvre enfant, je serai
certainement plus punie qu’elle si elle ne vient pas.
Bonjour mon cher petit
bien-aimé, bonjour je vous aime trop. Il fait bien beau ce soir. Toutes mes croisées
sont ouvertes et il ne vient pas un souffle d’air. Ce serait un temps charmant pour
voyager. C’est-à-dire pour être heureux car je ne suis vraiment complètement heureuse
que lorsque je suis loin de Paris avec toi. Hélas ! Quand cet heureux temps
reviendra-t-il ? Jamais assez tôt pour mon cœur.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
