« 13 février 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 139-140], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4066, page consultée le 24 janvier 2026.
13 février [1843], lundi matin, 11 h. ½
Bonjour mon Toto bien-aimé. Bonjour mon ravissant petit homme, bonjour, je t’aime.
Comment vont tes pauvres yeux ce matin ?
J’ai oublié, ce qui me contrarie plus
que je ne puis te le dire, la lettre à M. Debelleyme pour Mlle Hureau. Outre que cela peut empêcher cette pauvre
femme de gagner son procès, cela peut avoir des inconvénients pour ma fille plus tard.
Si tu viens assez tôt aujourd’hui je te prierai de l’écrire cette lettre et je
l’enverrai porter par Suzanne. Mais tu as
tant de choses à faire qu’il est peu probable que tu viennes assez à temps. Je suis
bien contrariée de mon oubli. C’est ma faute, je ne peux m’en prendre qu’à moi et
c’est ce que je fais.
Je voudrais bien que cette pauvre Didine ne signe pas le
contrat aujourd’hui le 131. Cela n’est pas
tellement pressé qu’il faille en passer par cette date fâcheuse. Ainsi, si tu as
quelque influence sur cette chère petite bien-aimée, il faut l’employer à reculer
de
douze heures la signature de son contrat. Je ne me mêle
pas de ce qui ne me regarde pas en te disant cela parce que le bonheur de cette enfant
m’intéresse autant que toi et que je désirerais écarter d’elle toutes les mauvaises
chances parce que je sais aussi que ton bonheur dépend du sien et réciproquement le
mien. Tu vois donc mon cher petit que j’ai toutes les raisons du monde pour désirer
tout ce qui peut assurer le bonheur de cette enfant.
Tu n’as pas de répétition
aujourd’hui sans doute. Mais tu n’en auras pas plus de temps à me donner, je le
crains. Pense à moi, cher adoré, désire-moi et aime-moi. Je te le rends et mille fois
plus.
Juliette
1 Il s’agit du contrat de mariage.
« 13 février 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 141-142], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4066, page consultée le 24 janvier 2026.
13 février [1843], lundi soir 5 h. ¼
Tu es bien occupé, mon cher adoré, tu es bien préoccupé de l’avenir et du bonheur
de
ton enfant. Je le sais mon amour et je m’associe à tout ce que tu éprouves. Pense
à
moi, mon Toto, qui t’aime tant, à moi qui ai mis toute ma vie et toute ma joie en
toi
et qui mourrai le jour où tu ne m’aimeras plus.
Je désire plus que jamais avoir
quelque chose de cette bien-aimée jeune fille, qui sera bientôt une adorée jeune
femme, parce que ce sera un lien invisible d’elle à moi et qui me donnera le droit
de
continuer à l’aimer Madame comme je l’ai fait à l’état de
poupée ravissante. J’espère que tu penseras à lui demander
ce que je t’ai dit et qu’elle ne te refusera pas j’en suis sûre. Quant à ma pauvre
Dédé, je lui laisse son mogneau vert tout entier. C’est très
généreux de ma part et digne de figurer dans le tableau, si saisissant, du jugement
du
grand Salomon (voir chez Curtius1).
Je crois que j’aurai le courage aujourd’hui de finir mes
comptes. Ce sera très héroïque de ma part car pour très peu de choses et rien avec,
je
les planterais là à tout jamais.
Bonjour Toto. Jour mon cher petit o. Tâche de venir mon adoré avant ton dîner si tu peux. J’ai bien besoin de te
baiser.
Juliette
1 Curtius : Musée de cire populaire.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
