« 11 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 33-34], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.148, page consultée le 24 janvier 2026.
11 janvier [1843], mercredi matin 11 h. ¼
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon cher petit homme de mon cœur. Comment
vas-tu ? Comment va le petit garçon ?
Je serai bien heureuse quand il sera guéri
et quand tu seras hors de tes répétitions tant ces affreux goistapious de comédiens sont hideusement stupides et
méchants. Bien entendua que je ne
parle pas des comédiennes, pour lesquelles vous avez un
faible marqué, ce qui ne me fait pas rire tous les jours. Aussi, je serai bien
tranquille et bien débarrassée et bien heureuse je l’espère si vous m’aimez quand
ce
sera fini.
En attendant je ronge mon refrain et je suis très vexée et très
jalouse.
Je n’ai pas pu faire faire mon matelas aujourd’hui parce que le
logement qui devait abriter la cardeuse n’est pas tout à fait déménagé. J’ai ajourné
cette opération à samedi. Voilà les nouvelles de ce matin, peu intéressantes comme
tu
le vois. Ma vie n’est jamais plus chargée d’incidents extraordinaires quand tu n’y
es
pas. J’ai tellement fait mon univers de toi que rien de ce qui n’est pas toi ne me
touche ni ne m’intéresse. Voilà ce qui est bien vrai. Je te prierai dès que tu pourras
respirer et que tu auras un moment de libre de me faire sortir. Il y aura bientôt
deux
mois que je n’ai mis le pied dans la rue et vraiment cela me fait beaucoup de mal.
Je
le sens plus que je n’ose te le dire mon Toto chéri ! Dès que tu auras un moment je
te
prierai bien fort de me faire sortir et tu ne te fâcheras pas, n’est-ce pas mon
amour ?
En attendant sois-moi bien fidèle de corps, d’esprit et de cœur. Pense à
moi si tu peux et aime-moi mon Toto chéri. Je le sentirai d’ici et cela me donnera
la
force et le courage de supporter ma solitude. Je baise tes quatre petites pattes
blanches et je t’aime de toute mon âme.
Juliette
a « entendus ».
« 11 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 35-36], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.148, page consultée le 24 janvier 2026.
11 janvier [1843], mercredi soir 6 h. ¼
Mon Victor bien-aimé, c’est toi qui es beau, c’est toi qui es bon, c’est toi qui es
charmant et qui es aimé par moi comme jamais homme n’a été aimé. Je voudrais baiser
tes pieds. Le seul frôlementa de
tes cheveux sur mes lèvres me fait frémir tout le corps, ton regard m’enivre, ton
haleine me ferait mourir, si on mourait d’amour. Jamais, mon Toto, je ne t’ai plus
ni
mieux aimé. Il me semble seulement, tant mes émotions sont vives, que c’est d’hier
que
je t’appartiens. Ô je t’aime mon adoré et si mon amour rayonne sur ma figure, je dois
te paraître, en effet, la plus belle et la plus éblouissante des femmes.
Mon
Victor adoré, tâche de prendre sur ton travail, si tu peux, un tout petit moment ce
soir pour me le donner. Si je ne te vois pas, ne fût-ce qu’un quart de minute, je
passerai une affreuse nuit ; je n’exagère pas, mon adoré, quand je te parle ainsi.
Tâche donc de venir, mon ravissant petit homme et je serai la plus heureuse des
femmes.
Je voudrais bien que tu aies une solution ce soir, et une bonne surtout,
à cette inextricable affaire d’engagement1. Celle de MlleFitz-James ne me paraît rien moins que
satisfaisante mais je comprends ta lassitude et la nécessité d’en finir tout de suite,
n’importe comment, n’importe avec quoi et avec qui.
Bonne chance donc, mon cher
amour, et prompt retour, je l’espère et je le désire de toute mon âme.
Juliette
1 La distribution du rôle de Guanhumara dans les Burgraves est l’objet d’interminables discussions. Le comité a d’abord proposé MlleMaxime, puis MlleFitz-James.
a « frollement ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
