« 12 septembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 125-126], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11406, page consultée le 25 janvier 2026.
12 septembre [1842], lundi après-midi, 5 h. ¼
Si tu n’es pas parti pour Saint-Prix1, si c’est bien vrai que tu vas venir tout
à l’heure, mon bien-aimé adoré, alors je suis la plus joyeuse et la plus heureuse
des
femmes car je vais te voir, car tu m’as promis de me lire ton premier acte2 dès qu’il sera fini, car je pourrai t’admirer et
t’aimer en chair et en os, comme je t’admire et je t’aime toujours en pensée et en
souvenir quand tu n’es plus sous mes yeux ? Merci mon adoré chéri. Merci mon amour
bien aimé. Tu me combles dans le présent et dans l’avenir. Merci, tu es mon pauvre
ange béni. J’ai vu Mme Ledon, nous nous sommes arrêtées à la robe de moire, comme c’était ce qu’il y aurait de mieux pour toutes saisons3.
Je reprends mon gribouillis une
heure après où je l’avais laissé parce que la blanchisseuse est venue, j’ai reçu mon
linge et je l’ai payé, plus le blanchissage de la toile à matelas et son raccommodage.
Une grosse poignée d’argent que je viens encore de jeter de côté-là. Ça n’en finit
pas, j’ai grand besoin qu’il y ait plus d’un louis dans la
caisse…..a d’amortissement pour remettre un peu de beurre dans tout notre pauvre petit
ménage. Voici un affreux moment qui approche : l’hiver : ce
sera toutes sortes de provisions indispensables qu’il va falloir : le bois,
l’éclairage, sans parler de mille petites nécessités qui se révèlent tous les jours.
Enfin, mon pauvre adoré, nous ferons vie qui dure le mieux que nous pourrons, même
sans le secours de la caisse des CONSIGNATIONS. En attendant, je viens d’envoyer
acheter la plus laide et la meilleurb marché des cuvettes
qui coûte encore horriblement cher : 2 F. !!! Quand tu la
verras, tu ne voudras pas le croire mais je laisse le prix marqué
en dessous. Baise-moi, mon âme, ma vie, ma joie, mon bonheur, mon tout, et
viens bien vite me retrouver, toute bête que je suis.
Juliette
1 Les enfants de Victor Hugo, ainsi que sa femme, sont partis entre le 24 et le 25 août s’installer pour quelques mois à Saint-Prix dans le Val d’Oise. Victor Hugo va donc régulièrement les y rejoindre, comme ce jour-ci (12 septembre 1842) où il passe, d’après la chronologie MAssin, la journée parmi les siens.
2 Victor Hugo a commencé une première rédaction des Burgraves les semaines précédentes. La rédaction du texte définitif a débuté le 10 septembre 1842.
3 Juliette est depuis plusieurs jours en train de choisir un tissu pour se faire faire une nouvelle robe.
a Les cinq points de suspension courent jusqu’au bout de la ligne.
b « meilleure ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
