10 septembre 1841

« 10 septembre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 211-212], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7969, page consultée le 27 janvier 2026.

Oh ! cette fois-ci je ne me trompe malheureusement pas, mon pauvre bien-aimé, en te croyant à Saint-Prix. Puisqu’il faut que cela soit, mon amour, puisqu’il est indispensable que tu ailles combler de joie toutes ces ravissantes petites créatures du bon Dieu, sois béni, là comme ici1. Je t’aime et je t’adore, mon Victor bien-aimé, je baise tes divins petits pieds.
La nouvelle de la mort de ce bon M. Pasquier m’a toute remuée. C’est toujours une grande perte que celle d’un être doux et bon et qui doit être ressentie par tous les gens de cœur, mais c’ena est une immense et irréparable pour cette pauvre Mme Krafft et pour toute sa famille. Je prévois bien des chagrins et bien de la misère pour cette pauvre femme-là dans l’avenir. Hélas ! si je ne t’avais pas aimé, où seraisb-je moi et qu’est-ce que je serais devenue ? Sois béni mon ange gardien, sois béni mon sauveur, sois béni mon amant bien-aimé, dans tout ce que tu aimes. J’ai le cœur plein d’une tendresse ineffable que je voudrais répandre sur tes pieds. Pauvre bien-aimé, prends garde qu’il ne t’arrive rien de fâcheux loin de moi, mon adoré, car je sens plus que jamais combien mon bonheur et ma vie sont attachés à toi. Mon Victor, je t’aime, entends-tu bien ça dans ton cher petit cœur.
Je ne sais pas si je pourrai laisser les statuettes toute la nuit chez moi. L’odeur est si forte que je crains que cela ne me donne mal à la tête. D’un autre côté tu connais mon antipathiec pour tout ce qui est dérangement, cependant je crois que j’aurai le courage de déranger l’harmonie de ma cheminée plutôt que de risquer une migraine affreuse2.
Tâche de revenir demain pour déjeuner, mon amour, tu me combleras de joie et de bonheur.

Juliette


Notes

1 Pendant l’été 1841, les Hugo ont loué à Saint-Prix, dans le Val-d’Oise, un appartement meublé de la mi-juin à la mi-octobre, et le poète y passe du temps de juillet à octobre pour terminer la rédaction du Rhin.

2 Juliette réclamait ces statuettes depuis au moins trois semaines.

Notes manuscriptologiques

a « s’en ».

b  « serai ».

c  « anthipathie ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.

  • 7 janvierÉlection à l’Académie française.
  • 3 juinRéception à l’Académie française.
  • Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.