25 mai 1841

« 25 mai 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 187-188], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7780, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon cher petit homme. J’aurais pu t’écrire plus tôta, mon adoré, si je l’avais fait dès que j’ai été réveillée, c’est-à-dire à quatre heures et demie du matin, mais outre que c’était de bonne heure, j’avais trop à faire à tenir tête à ma médecine qui m’a secouée d’importance1. J’ai la figure dans un état hideux, pleine d’affreux boutons et toute gonflée, si bien que la Juju serait horrible à voir. Cependant je me risque pour avoir le plaisir de vous embrasser. Je fais bon marché de ma tête pour faire plaisir à mon cœur. Ainsi venez, venez et nous verrons lequel des deux RECULERA. Jour Toto, jour.
J’ai envoyé les 25 F. aux Lanvinb, il paraît que la mère Lanvin est dans son lit et qu’elle souffre beaucoup. Pauvre femme et pauvres gens car il paraît que les yeux de la petite fille ne vont pas mieux et que le père est malade. Enfin cesc pauvres gens sont dignes de pitié. Je vais écrire à Claire pour lui envoyer ma bénédiction mais surtout pour lui dire que je serai sans faute à sa Première communion2. Je t’aime toi, je vous adore vous.

[Juliette ?]


Notes

1 Juliette souffre souvent de maux de ventre ou de tête violents et vient donc de commencer, le mois précédent, un traitement, prescrit par le docteur Triger, qui va durer plusieurs mois. Elle précise ses recommandations le 21 avril.

2 La première communion de Claire est prévue pour le jeudi 27 mai vers 8 h.

Notes manuscriptologiques

a « plutôt ».

b « Lanvins ».

c « c’est ».


« 25 mai 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 189-190], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7780, page consultée le 25 janvier 2026.

Par un hasard des plus malencontreux, ce jour que j’aurais dû passer en repos et tout entier consacré au travail de CABINET1 a été rempli d’occupations toutes plus absurdes et plus fatigantesa les unes que les autres, aussi j’ai un mal de tête fou et une courbature soignée. Enfin grâce au ciel je vais avoir fini tout à l’heure. Le plus difficile était d’engrenerb2 les caleçonsc, maintenant c’est fait3. Tu auras ton petit souper ce soir et puis nous aviserons à remédier à cette absurde bévue du marchand de décorations4. Pauvre bien-aimé, chaque fois que je te vois contrarié je ne sais où me fourrer, même quand ce n’est pas ma faute. Mais il aurait été plus qu’imprudent de confier le sort de tes décorations à l’intelligence de Suzanne, il vaut mieux, mon adoré, prendre une [peine ?] définitive que de subir une seconde bévue. D’ailleurs tu as encore un peu de temps devant toi et ce sera une occasion de me faire sortir et Dieu sait qu’elles ne sont pas trop fréquentes. Je n’ai pas encore eu de réponse de Mme Krafft pour la fameuse robe de mousseline de laine DE COTON5. J’espère pourtant qu’elle se décidera à m’en donner une quelconque.
Je t’aime mon Victor chéri, je t’adore mon petit bien-aimé. Je voudrais être à ce soir pour n’avoir plus la colique et pour te baiser comme je t’aime.

Juliette


Notes

1 Jeu de mot qui désigne ici les coliques dont Juliette est victime. Il s’agit ici d’une plaisanterie qui prend tout son sens lorsque l’on sait que, d’ordinaire, ce fameux « travail de CABINET » désigne, sous la plume de l’épistolière et reprenant les mots de Hugo lui-même, les occupations littéraires de ce dernier.

2 Figuré : commencer quelque chose d’une certaine façon (Littré).

3 Juliette fait raccommoder les vieux habits et les caleçons de Hugo par l’ouvrière Pauline, et en recoud certains elle-même.

4 Juliette parle-t-elle du petit carrosse qui se trouvait sur sa cheminée et qui est abîmé ? La veille, elle se plaignait de cet incident. Mais elle peut aussi faire allusion à l’autre sens de décorations, celles que portera Hugo pour sa cérémonie de réception à l’Académie française.

5 Cette histoire de robe avec Laure Krafft traîne depuis le début de l’année et a été la cause d’une petite brouille entre les deux amies. Manifestement Juliette a commandé, par l’intermédiaire de Mme Krafft, une robe qu’elle attend depuis deux ans, retenue par la douane depuis tout ce temps-là. Puis le 24 mai, elle s’insurgera contre fait de devoir « payer des frais de transport et d’emmagasinage ». Elle s’expliquera avec son amie et c’est enfin le 31 mai que Lanvin apportera « la fameuse robe », malheureusement « hideuse » selon Juliette qui décidera finalement de la faire découdre.

Notes manuscriptologiques

a « fatiguantes ».

b  « engrené ».

c « calçons ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.

  • 7 janvierÉlection à l’Académie française.
  • 3 juinRéception à l’Académie française.
  • Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.