« 7 mai 1840 » [source : BnF, Mss, NAF, 16342, f. 119-120], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8994, page consultée le 01 mai 2026.
7 mai [1840], jeudi matin, 8 h. ½
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon adorable petit homme, bonjour, bonjour. Pourquoi que t’es pas venu ce matin déjeuner avec moi, méchant ? C’était pourtant bien le moment, la maison propre, plus d’ariasa et une Juju très amoureuse. Il est vrai que vous retrouverez toujours la même Juju et les mêmes désirs et le même amour mais ce que vous ne retrouverez pas c’est une occasion de bonheur perdue et c’est toujours avec une tristesse indicible que je les vois s’envoler sans que nous en ayons profité. Baisez-moi mon amour. Je regarde votre petiteb voiture d’or sur ce pavé bleu avec le dôme de cristal, c’est ravissant. Tout ce que j’ai ici me vient de toi et me paraît à cause de cela dix millions de fois plus joli. Il ne manque que toi pour en faire un paradis. Il est vrai que c’est comme si je disais qu’il me manque tout. Mes comparaisons, même les plus sérieuses et les plus enthousiastes, sentent toujours le M. de La Palice à une lieue à la ronde, ce n’est pas ma faute mais celle de mon petit esprit qui n’est pas de la même force que mon amour et qui ne pouvant pas le porter à bras tendu le laisse tomber par terre et le plus souvent sur la tête. Aussi ne pouvant pas compter sur lui en aucune circonstance je m’en passe comme tu ne le vois que trop et je te dis tout bonnement que [je] t’aime, que je t’admire et que je t’adore. Maintenant voici ce que j’ajoute comme complément : que je te désire, que je t’attends et que je t’espère. Si tu peux me faire sortir tantôt cela me fera plaisir et nous irons voir à notre soupièrec1 quoique je la regarde comme ayant VÉCUd pour nous. Quant à l’argent de Pradier j’ai un pressentiment que nous ne l’aurons pas de sitôt. Je t’aime mon petit homme.
Juliette
1 Objet que Juliette convoite et qu’elle a dessiné dans plusieurs lettres précédentes.
a « arrias ».
b « petit ».
c « soupierre ».
d « VÉCUE ».
« 7 mai 1840 » [source : BnF, Mss, NAF, 16342, f. 121-122], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8994, page consultée le 01 mai 2026.
7 mai [1840], jeudi soir, 6 h.
Cher cher bijou, revenez bien vite car je suis triste et souffrante loin de
vous et aussitôt que vous paraissez je ne sens plus que le bonheur de vous
revoir et de vous avoir. J’ai à peine eu le temps d’emplir mes yeux de votre
beauté, mes oreilles de votre douce voix, ma bouche de votre haleine que vous
étiez déjà reparti. Heureusement pour moi que mon cœur n’a pas besoin de vous
voir pour être plein de votre pensée et de mon amour car vous vous éclipsez si
vite que je n’aurais pas le temps de vous reprendre.
Je souffre mon Toto,
j’ai la tête vide et douloureuse, je peux à peine me tenir assise, enfin je
suis une vraie patraque. Je ne te copie rien encore ce soir quoique j’aie
préparé les petits papiers à cette intention ce matin. Je travaillerai le plus
que je pourrai à mes rideaux après quoi je me coucherai. Tâche de venir bientôt
mon adoré car je suis guérie dès que je te vois et ton absence est pour moi une
vraie maladie. Baise-moi alors et viens tout de suite. Pauvre amour je croyais
que nous n’aurions rien à dépenser ce mois-ci en sus de la dépense ordinaire et
des 80 F. de dettes et pas du tout la nécessité de
faire refaire tous les matelas de la maison, le nettoyagea de la susdite maison et mes
chapeaux vont encore rendre ce mois-ci horriblement lourd. Oh ! mon Dieu que je
voudrais donc ne rien dépenser ou tout gagner moi-même, tu aurais du loisir, du
repos et je serais la plus heureuse femme du monde car je t’adore.
Juliette
a « nétoyage ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
