« 6 janvier 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 22-23], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7459, page consultée le 01 mai 2026.
6 janvier [1840], lundi après-midi, 1 h. ½
Je t’ai vu mon adoré, je t’aime, mon Toto, je suis impatiente [illis.]. Je
t’attends. J’ai eu la visite de la bonne de Mlle Watteville, cette femme
qu’elle avait amenée de Saumur. Je n’ai pas voulu la renvoyer sans la voir et
alors elle m’a raconté des choses parfaitement indifférentes pour moi et que
j’ai eu la patience d’écouter en mémoire de la pauvre Mlle Watteville. Enfin elle s’est en allée et je me dépêche de
rattraper le temps perdu en t’écrivant tout de suite. Il fait un temps de fin du monde ; c’est à peine si je vois à t’écrire.
Cependant j’ai peine à croire que ce soit aujourd’hui et sans remise le PHAME CATACLYSME. Aussi si tu peux me faire
sortir tantôt je ne refuserai pas la partie afin de voir de plus près la
fameuse décoration du bon Dieu au cinquième acte de la fin du monde. Je
m’aperçoisa que je suis
bête à manger du foin et que je ferais bien mieux de me mêler de ce qui me
regarde au lieu de faire de l’ESPRIT.
Je vous aime mon Toto, je ne sors
plus de là, je vous aime, je vous admire, je vous adore, je vous attends, je
vous désire et je vous espère. Venez donc déjeuner avec moi. Les jours se passent et vous ne venez pas et nous devenons très
vieux sans aucun profit. Pensez à ceci mon adoré et aimons-nous à mort.
Juliette
a « apperçois ».
« 6 janvier 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 24-25], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7459, page consultée le 01 mai 2026.
6 janvier [1840], lundi soir, 5 h.
Encore une journée passée avec les autres, mon Toto, seulement moins aride et
moins vide que bien d’autres puisque je t’ai vu cinq minutes ce matin. Je
regrette de n’avoir pas été prête quand tu es venu puisque tu m’aurais fait
sortir et qu’il a fait très beau tout aujourd’hui.
Mme Krafft vient de venir m’apporter deux bonbons dans un sac défoncé et à moitié
vide, plus une horrible boîte que Claire probablement trouvera ravissante. Elle a voulu absolument
emporté les manuscrits du protégé de M. Pasquier qui veut absolument lui faire avoir un secours
et qui va profiter d’une grande réception chez son frère le Président1 ce soir pour en parler je ne sais à qui. Je lui ai rendu le
fameux manuscrit avec enthousiasme et elle est partie tout de suite et sans
avoir pris le temps de s’asseoir parce qu’elle rentrait dîner chez elle. Voilà
les nouvelles du jour qui ne sont guère intéressantes comme tu vois. Parmi
elles il y en a une triste que j’avais oubliée tantôt c’est que cette pauvre
Mlle Watteville est morte à l’hôpital. Elle
n’a pas voulu mourir chez elle afin de ne pas ruiner tout à fait (soi-disant)
M. Barthès. Enfin de quelque façon
qu’on envisage sa mort c’est fort heureux pour elle car la pauvre femme ne
craint plus ni la misère ni les souffrances de cette vie. Je t’aime, mon Toto.
Je t’aime, mon petit homme, pense à moi et tâche de me revenir voir très tôt
mon Toto. Il fait bien froid ce soir, prends garde de t’enrhumer. À propos elle
ne m’a point parlé (Mme Krafft) de l’argent du
manchon et moi je n’y ai pas pensé, peut-être venait-elle pour ça ?
Heureusement tu es là, toi ma providence, pour faire face à tout.
Juliette
1 Étienne Denis Pasquier, président de la Chambre des Pairs.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
