31 juillet 1839

« 31 juillet 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 177-178], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9432, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour mon cher petit adoré, bonjour mon petit homme. Je suis levée depuis 8 h., mais j’ai voulu arranger Claire dans le cas où on la viendrait chercher de bonne heure ; et d’une chose à l’autre, je t’écris plus tard que je ne voudrais. Mais je vais rentrer à partir de demain dans mes bonnes habitudes, qui sont de te consacrer la première pensée et la première action de ma journée. J’ai bien fait de ne pas sortir hier, ça t’a forcé à te reposer un peu et vraiment tu en avais besoin, car tu étais épuisé de fatigue et de chaleur. Bonjour ma joie. Bonjour ma vie. Bonjour mon Toto adoré. Je t’aime. Tu devrais bien tâcher de me donner un petit bout de ta soirée pour souper avec moi. Tu sais que tu m’avais promis à l’occasion de ta fête de me mener dîner aux Marronniersa1 ? Mais comme je sens que dans ce moment-ci c’est impossible, je borne mes prétentions à un petit souper à L’HEURE que tu VOUDRAS, pourvu que je t’aie, ça m’est égal. Le plus tôtb c’est toujours le meilleur, mais vaut mieux TRÈS TARD que jamais. Tâche d’arranger cela pour très tôt et tu combleras de joie ta Juju qui t’adore.


Notes

1 Les Marronniers est un restaurant réputé de Bercy.

Notes manuscriptologiques

a « maronniers ».

b « plutôt ».


« 31 juillet 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 179-180], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9432, page consultée le 01 mai 2026.

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J’ai été contrariée toute la journée, mon Toto, et tout cela à cause de Claire. Au reste, Lanvin n’est venu la chercher qu’à quatre heures et demie, et pendant ce temps-là la bonne de la pension, qui est accablée de besogne aujourd’hui, venait savoir pourquoi Claire ne venait pas. Enfin cette pauvre fille a eu tous les guignons possiblesa aujourd’hui. J’espère cependant qu’ils s’arrêteront sur le seuil de sa porte. À propos, j’ai vendu mes vieux bric-à-bracb, puants et embarrassants, 10 francs. Juste le prix que m’a coûté le parapluie. Le premier marchand m’en avait offert 3 francs. Je l’ai renvoyé avec indignation. Bref, le second, après bien des débats, m’en a donnéc 10 francs et je les lui ai laissés. Maintenant si j’étais sûre de passer la soirée avec vous ou bien encore de déjeuner côte à côte avec vous dans mon DODO, je serais la plus heureuse des femmes, mon Toto. Mais hélas ! Sans petits pois aucun puisque vous trouvez que cela gâte le style1, je n’ai pas le plus petit espoir, aussi si vous me donnez l’une ou l’autre de ces deux choses, votre soirée ou votre matinée, vous auriez tous les honneurs et tous les bénéfices d’une surprise agréable et inattendued.
Je vous aime mon Toto. Baisez-moi, aimez-moi et ne m’oubliez pas trop longtemps.

Juliette


Notes

1 Juliette a dessiné sept petits points sous le mot « pois ».

Notes manuscriptologiques

a « possible ».

b « brics à brac ».

c « donner ».

d « innatendue ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.