« 22 mars 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 174], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.769, page consultée le 24 janvier 2026.
22 mars [1838], jeudi matin, 11 h.
Bonjour mon cher bien-aimé, bonjour mon adoré, tu as été bien bon cette nuit, tu n’as
pas voulu me laisser dans le chagrin et tu as bien fait mon adoré car lorsque je me
mêle d’en avoir, ce n’est pas pour peu. Je te remercie du fond de l’âme pour le bon
mouvement que tu as eu en me prenant dans tes bras. J’avais besoin de cette
démonstration de tendresse après les choses tristes que tu m’avais laisséa entrevoir.
Si jamais le mieux a été l’ennemi du bien, c’est surtout en amour. À force
de vouloir perfectionner et renchérir sur mes joies et mon bonheur, j’ai trouvé le
moyen cette nuit de te paraître ingrate, oublieuse et avide, et cela dans le moment
où
je faisais des reliques de toutes les charmantes choses que tu m’as données. Je m’en veux de t’aimer autant puisque cet excès
d’amour n’est pas seulement inutile à notre bonheur mais encore le fait souffrir et
l’obsède. Je t’aime trop, mon bien-aimé, pardonne-moi, et surtout ne me crois pas
oublieuse ni ingrate si tu ne veux
pas me mettre au désespoir.
Je suis encore dans mon lit un peu souffrante.
J’espère cependant que je parviendrai à secouer toutes les vilaines brumes qui me
cachent mon bonheur et ma joie, et que je serai radieuse ce soir à Ma Marion. En
attendant je vais bien ne penser qu’à toi, penser à ta ravissante bonté, à ta noble
et
belle figure qui laisse voir ton âme plus belle encore. Je tâcherai d’ici à ce que
je
te voie d’être gaie pour cette pauvre Claire qui n’est rien moins que très
malencontreuse chaque fois qu’elle vient.
Jour, mon cher petit homme adoré,
comment vont tes yeux ? J’y pense sans cesse mon bien-aimé et toujours avec amour
et
pitié. Je voudrais donner ma vie et ce serait avec joie pour t’empêcher de travailler
toutes les nuits. Hélas ! Ça n’est pas possible et pourtant je t’adore. Voici
l’admirable petite fontaine, je l’ai payée et fait demander un reçu, le
commissionnaire voulait qu’on lui payâtb sa commission mais je n’y ai pas consenti, tu sais que tout le
contraire était convenu avec le marchand. À tantôt, mon Victor, je t’aime.
Juliette
a « laissée ».
b « paya ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
