25 janvier 1838

« 25 janvier 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 17-18], transcr. Nathalie Gibert-Joly, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.107, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon adoré petit homme. J’espère que tu auras passé une meilleure nuit que moi. Jamais je n’ai été plus souffrantea. Je ne sais pas comment je me traînerai ce soir. Une fois arrivée je ne suis pas inquiète : les beaux vers et les applaudissements me ressusciterontb. En attendant je suis très souffrante et je ne sais plus comment me tenir. Je viens de me mettre dans une si furieuse colère que je ne sais plus où j’en suis. J’ai une bonne si stupide que c’est à y perdre la tramontane. Mon Dieu ! que j’aimerais bien mieux être vous, mon grand Toto, que d’être moi. J’y gagnerais d’abord d’être le plus grand, le plus admiré et le plus aimé des hommes, tandis que je ne suis que la plus bête, la plus misérable et la moins aimée des femelles. Je ne suis pas du tout contente de mon sort et d’ici à 7 h. ½ du soir je resterai dans ce mécontentement jusqu’à ce que vos beaux vers me dérident. Voici ce qui a causé ma colère de tout à l’heure : Suzette m’a apporté une lettre venue par la poste et qui coûtait 3 sous. J’ai reconnu l’écriture, l’enveloppe, et l’espèce de papier qui était dedans pour être de ces fameux billets de bal de l’autre jour. Indignée qu’on se mît sur le pied de m’envoyer de pareilles ordures par la poste, j’ai fait reporterc la lettre chez le portier pour qu’il n’eût plus à en recevoir de pareilles. Cette fille est si bête qu’elle n’a su s’expliquer ni avec le portier ni avec moi, et qu’il m’a fallu faire monter le portier. Au reste maintenant tout est bien entendu, il n’en recevra plus venant de là. Il serait par trop absurde de donner de l’argent pour d’aussi ignobles papiers. Je ne me suis mise si en colère que parce que je souffre beaucoup et que toutes mes paroles me coûtent beaucoup à dire. Jour, nono. J’ai t’y bien fait notre maîte ? oui, grosse bête ! MmeGuérard n’a pas encore envoyé. J’espère que les Lanvin auront reçu la lettre. Je vais me lever. Je souffre horriblement. Jour, mon grand Toto, jour, mon grand Victor, jour, mon cher petit amant bien-aimé. Ce soir mes mains diront : je t’admire, et ma bouche : je t’aime. Bravo ! Bravo ! Bravo ! On dit qu’il gèle bien fort ce matin, tant pis, un peu de gelée ne fait pas de mal, mais beaucoup c’est trop. Adieu, chère âme, à bientôt. Je suis bien malade et bien souffrante, mais je t’adore.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « soufrante ».

b « rescussiteront ».

c « reporté ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.