« 17 décembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 179-180], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11452, page consultée le 23 janvier 2026.
17 décembre [1837], dimanche
Bonjour mon Toto bien aimé. Je ne sais pas l’heure. La pendule est arrêtée à 4 h.
du
matin. Je vous aime, voilà mon heure. J’ai bien dormi tantôt et cependant je n’ai
point éteint ma lampe un quart d’heure après votre départ. Vous voyez donc bien que
c’est moi qui ai raison. Je voudrais bien savoir si tu as dormi aussi toi, pauvre
bien-aimé, car c’est toutes les nuits ton tour pour travailler.
Je voudrais bien
que le matin tu vinsses te reposer près de moi. Il est triste de penser que depuis
quinze jours tu ne m’as pas donné cette préférence sur ton lit froid. Je ne dis pas
encore tout ce que je crains. Je veux attendre à plus amples informations pour
m’expliquer sur cette séparation de corps.
Bonjour mon Toto. Vous êtes bien
gentil. Voime, voime. Je m’en fiiiiiiche. Aussi
je vais prendre du café pour vous punir et je ne prendrai que cela. C’est bien fait.
Tant mieux.
Je ne vous verrai sans doute que ce soir. C’est fort amusant. Je
trame quelque chose, méfiez-vous. Je ne vous prends pas en traître. Jour Toto. Je vous adore, vilain homme, et il n’y a
certainement pas de quoi. Bonjour donc, et tâchez d’être aussi VERTUEUX que je suis
amoureuse ou sans cela prenez garde à mon grand couteau1.
Juliette
1 Traître, vilain, homme vertueux, couteau : Juliette joue sur la gamme du cliché mélodramatique.
« 17 décembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 181-182], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11452, page consultée le 23 janvier 2026.
17 décembre [1837], dimanche soir, 10 h. ¼
Mon cher petit Toto, je voudrais bien vous voir et vous baiser, d’abord pour vous
demander pardon de ne vous avoir pas compris tout d’abord tantôt car il me paraît
à
peu près démontré que vous avez raison. Je m’avoue doublement vaincue si vous venez
très tôt.
Mme Pierceau vient de s’en aller. Nous n’avons parlé de rien après que tu as
été parti, du moins de ce qui concerne le théâtre, ah ! Cependant il a été question
de
la JALOUSIE et sur ce sujet je ne suis jamais muette. Aussi nous en avons débité ni
peu, ni trop, mais assez. Vous aurez à me rendre compte tout à l’heure des faits et
gestes de Mme D1. Je suis très inquiète et prête à
prendre la diligence pour ne plus revenir.
Soirpa. Quelle vie que la mienne. Je ne te vois plus.
En vérité c’est un titre bien honorifique que le mien et je ne vois pas ce que je
perdrais pour le changer. Bonsoir donc, puisque je ne peux plus te dire BONJOUR.
Bonsoir, bonne nuit. À bientôt pour cinq minutes. J’ai mal à la gorge. Je ne peux
pas
avaler ma salive ni votre conduite depuis quinze jours. Je vous aime tout de même
et
peut-être à cause de cela. J’aimerais peut-être moins un honnête homme.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
