« 25 septembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 205-206], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7375, page consultée le 24 janvier 2026.
25 septembre [1837], lundi matin, 9 h. ¾
Bonjour, cher vilain petit homme. Pourquoi n’êtes-vous pas venu cette nuit, dites ?
Non ne le dites pas, je vais le dire1. Parce que vous avez travaillé
toute la nuit comme un misérable et que vous n’avez pas songé un seul instant que
le
premier besoin de la Juju était de vous endormir dans ses bras. Voilà pourquoi. Et
voilà pourquoi aussi vous êtes le meilleur et le plus généreux des hommes, et pourquoi
je vous adore.
Il fait bien beau temps aujourd’hui. Est-ce que tu ne viendras pas
de bonne heure ? Non pas pour sortir, quoique nous l’ayons solennellement promis à
Claire, mais pour te voir, pour baiser tes
pauvres yeux fatigués et pour te donner toute mon âme dans un souffle. Je ne sais
plus
où mettre mes lettres, c’est-à-dire les vôtres2. Vous vous en souciez si peu qu’elles
s’amassent les unes sur les autres au risque de s’étouffer. Car chacune d’elle est
lourde de fautes de français et d’amour. Il faudra que vous ayez la bonté de me donner
un coffre très fort pour les mettre dedans. Alors je vous
écrirai tous les jours autant de fois que j’en aurai besoin sans m’inquiéter de
l’endroit où je placerai tout cela. Je t’aime, je t’aime. Tu es mon pauvre adoré.
Viens vite pour que je te le dise bien tendrement avec la langue, les yeux et l’âme.
Jourpa, jour man. J’ai de quoi régaler Toto3 et Dédé. Claire a été bien gentille à cet endroit et je l’aime pour ça.
Juliette
1 Citation tirée d’une réplique de Rodolfo dans Angelo. Elle vient naturellement compléter la phrase précédente qui reformule implicitement celle que l’on trouve dans la pièce juste avant la phrase citée, de même qu’elle laisse entendre, sans que Juliette ait besoin de l’écrire, la suite de la réplique : « Où avez-vous passé les exécrables heures de cette journée, dites ? Non, ne le dites pas. Je vais le dire. Ne répondez pas, ne niez pas, n’inventez pas, ne mentez pas. Je sais tout ! je sais tout vous dis-je ! » (Journée III, Partie II, scène 3).
2 Juliette, à cette époque, n’adresse pas ses lettres à Hugo par la poste ni en envoyant chez lui sa servante : elle dépose ses lettres quotidiennes dans une boîte chez elle, que Hugo relève quand il lui rend visite.
« 25 septembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 207-208], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7375, page consultée le 24 janvier 2026.
25 septembre [1837], lundi soir, 10 h[Les trois premières pages de la lettre, dont l’encre s’est ou a été effacée presque intégralement, sont illisibles. Seuls quelques mots épars peuvent être déchiffrés, qui ne suffisent pas à faire sens. Nous ne transcrivons donc que ce qui peut être lu de manière cohérente à partir de la dernière page.].
[illis.]
gros baisers et tout sera dit et nous serons deux bons amoureux comme autrefois.
Tu vas revenir bientôt, n’est-ce pas ? J’ai bien besoin de vous demander pardon de
tous mes TRINES. Et puis nous souperons ensemble, et puis nous nous coucherons, et puis… et puis
[Cinq ou six mots illis.].
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
