11 novembre 1864

« 11 novembre 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 232], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6052, page consultée le 09 mai 2026.

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Bonjour, toi, bonjour, vous, bonjour, bonjour, je vous aime entends-tu ? Je guette le signal depuis une demi-heure dans l’espérance de te voir l’accrocher à ton balcon mais j’ai manqué mon coup car il est à son poste depuis cinq minutes et je ne t’ai pas vu, ce dont je suis assez penaude. Pour me venger, je fais trépigner mes pattes de mouche sur ma pauvre restitus qui n’en peut mais. Dites donc, mon cher petit ours, je vous prie de ne pas caresser ma sobriété ni mon activité LATENTES avec le pavé adulateur qui les écrabouille dans leur cosse. Votre bonne opinion sur mon chétif mérite m’a déjà joué plus d’un tour, dont quelques-uns assez douloureux pour que je ne les rappelle pas ; il ne faut pas maintenant qu’elle me donne un ridicule indélébile aux yeux des gens qui ne demandent pas mieux que de s’en amuser. Cher adoré, je ne sais pas si je vaux tout ce que tu dis, mais la prudence exige que tu n’en fasses part qu’à moi qui en serai toujours fière et reconnaissante quelle qu’en soit l’exagération. S’il suffisait de t’aimer pour avoir tous les dons, personne ne serait plus parfaite que moi et rien ne pourrait m’être comparé. Mais cette qualité-là-même doit rester entre nous deux jusqu’au jour où nous ne serons plus que deux âmes. En attendant sois plus que modeste pour moi en ce monde, je t’en prie. Tu n’as pas suivi ton programme ce matin qui était, disais-tu hier au soir, de rester au lit pour penser et pour travailler. Peut-être as-tu bien fait si tu crains le mal de tête. J’espère que le petit accident d’hier ne t’aura pas contrarié au point de t’agiter dans la nuit ? C’est bien le moins, mon doux bien-aimé, que nous ayons quelques MONSTRES tués sous nous dans l’espace de trente-deux ans. D’ailleurs celui-ci n’est que dangereusement blessé mais j’espère qu’il en reviendra grâce à l’habilité du vétérinaire des pots cassés et à l’efficacité du blanc [illis.] et puis comme les petits malheurs vaccinent les grands il n’y donc qu’à se réjouir de celui-là. C’est ce que je fais en t’aimant de toute mon âme.

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.