« 23 décembre 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 273], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10919, page consultée le 23 janvier 2026.
Guernesey, 23 décembre [18]64, vendredi matin, 9 h. ½
Que dis-tu de cette heure, neuf heures et demie, mon doux adoré ? Tu vois que c’est
affaire à moi quand je m’y mets de faire la paresseuse. Il est vrai que j’avais une
insomnie de quatre heures à rattraper et que j’ai bien fait puisque cela m’a si bien
réussi. Mais aussi cela m’empêche de savoir à quelle heure tu as arboré ton cher petit
signal. J’espère que tu auras passé une bonne nuit sans aucun accroc ni de
cauchemarsa ni de rien de
mauvais. Quant à moi c’est probablement les deux douces surprises de la journée et
de
la soirée, la lettre si charmante de ta noble femme1, et notre petit festival improvisé, qui m’auront agitée, mais j’ai à
peine dormi quelques heures dans toute la nuit y compris celles du matin. Je ne m’en
plains pas. Le bonheur est toujours le bienvenu et doit passer avant toutes les
exigencesb de la vie. Aussi je
bénis celui-ci, de bonheur, comme ce que j’ai ressenti de plus doux et de plus
attendrissant dans ma vie. J’espère que Dieu vous le rendra au centuple à toi et ta
femme par le bonheur de tous ceux qui vous sont chers. J’ai le cœur si plein de bons
sentiments que j’ai peine à les extrairec en idées claires et en mots corrects.
Mais comme tu
sais mon âme par cœur tu pourras facilement débrouiller tout ce que je t’écris si
confusément. Je me borne à t’aimer, le reste ne me regarde pas. Je vais me dépêcher
de
me lever pour faire ton petit café. Peut-être voudras-tu profiter du BON VENT pour
errer sur la colline tantôt, raison de plus pour que je me hâte. Sur ce, je te baise
depuis la tête jusqu’aux pieds et des pieds à la tête sans vous [en ?]
demander la permission.
J.
1 Le 22 décembre, Adèle Hugo convie par une lettre Juliette Drouet au repas des enfants pauvres : « Nous célébrons Noël aujourd’hui, Madame. Noël est la fête des enfants et, par conséquent, des nôtres. Vous seriez bien gracieuse de venir assister à cette petite solennité, la fête aussi de votre cœur. Agréez, Madame, l’expression de mes sentiments aussi distingués qu’affectueux. Adèle Victor Hugo » (lettre citée par Evelyn Blewer, ouvrage cité, p. 295).
a « cauchemards ».
b « exigeances ».
c « j’ai peine à les extraires ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
