5 décembre 1864

« 5 décembre 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 256], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10902, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, toi, bonjour, amour, bonjour, soleil, bonjour, signal, bonjour, tout ce que j’aime, bonjour, tout ce que j’adore, bonjour, aux rayons, bonjour à la joie. Ma bouche, mes yeux, mon cœur, mon âme vous saluent, bonjour, bonjour, bonjour, bonjour. D’après ce qui a été convenu entre nous pour le signal, je suis fondée à croire en ce moment que, comme moi, tu as passé une très bonne nuit et que ton rhume va mieux. Si cela est, comme je l’espère, je suis heureuse pour toute la journée. Dans cette pensée, je me mets à ta disposition pour aller à la colonne1 tantôt. Il fait un temps charmant et peut-être que tu n’auras pas le temps de sortir demain si ton fils vient. Et mes JOURNALS ? Si c’est comme ça que vous me servez mes ABONNEMENTS, merci, je me plaindrai à l’administration. En attendant je ronge les vieux bouquins comme une vieille rate que je suis et ne m’en porte pas plus mal. Attrapé !
J’attends que mon feu soit allumé pour me lever car je veux me soigner pour vous obéir. Autrefois je n’aurais pas eu de ces délicatesses pour ma précieuse santé, mais depuis nos conventions je dois honnêtement faire vie qui dure le plus que je pourrai c’est à quoi je m’applique en me dorlotanta le plus que je peux. Tout cela ne me donne pas l’art de parler et d’écrire correctement, comme dans la grammaire, AU CONTRAIRE car il est impossible d’être plus bête et plus ignorante que je le suis. Cela dépasse même mon indulgence et peu s’en faut que je ne flanque mon gribouillis au feu pour m’apprendre à ne pas être aussi stupide que cela. Mon petit Toto [pardonne-moi ?] et fais comme si tu n’avais pas lu toutes ces [illis.]. Ne te souviens que de cela. Je t’aime.

J.


Notes

1 Juliette et Victor vont souvent se promener vers la colonne Doyle, monument à la mémoire de sir John Doyle, gouverneur de l’île à l’époque des guerres napoléoniennes. Elle s’élève à la pointe sud-est de l’île, Jerbourg Point.

Notes manuscriptologiques

a « dorlottant ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.