« 5 avril 1857 » [source : BnF, Mss, NAF 16378, f. 60], transcr. Christine Routier-Lecarpentier, rév. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2861, page consultée le 01 mai 2026.
Guernesey, 5 avril 1857, dimanche soir, 8 h. ½
Cher bien-aimé, je t’ai vu plusieurs fois dans la journée aujourd’hui et peut-être
plus longtemps à chaque fois que dans tes apparitions habituelles les autres jours
et
pourtant j’ai le cœur moins satisfait et l’âme moins heureuse que lorsque je te vois
quelques minutes seul à seul. Mlle Allix a beau être très gentille et très obligeante
pour moi, Quesnard1 très [doux ?] et Dumas2 très amusant et très affectueux, rien ne vaut ton baiser
[donné ?] de ta bouche à ma bouche et ton doux sourire emplissant ma
vie de rayons et de bonheur. Aussi malgré le petit tumulte inaccoutumé qui s’est fait
autour de moi depuis hier, tu m’as paru plus absent encore que les autres jours où
je
te vois moins. Je ne sais pas si tu me comprends mais je veux dire que mon bonheur
n’est jamais plus grand que lorsque nous ne sommes qu’entre nous deux. Je songeais,
en
regardant écrire Dumas sur mon album, à l’épée du grand Frédérick et à la réponse
de
Napoléon (le grand) à je ne sais quel Las Cases : « imbécilea j’avais la mienne »3. Moi aussi j’ai la mienne, D’ÉPÉE, et bien
autrement glorieuse que celle de ce brave et excellent Dumas et je ne sais pas
pourquoi j’ai eu la puérilité de lui demander de tirer la sienne du fourreau en mon
honneur, ce qu’il a fait du reste avec une bonne grâce dont je suis bien touchée et
bien reconnaissante. Je t’adore.
Juliette
2 Alexandre Dumas est à Guernesey pour une visite de deux jours, du 4 au 6 avril.
3 Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, Las Cases raconte, à la date du 13 novembre 1816, qu’il fait part de son étonnement à l’empereur au sujet de l’épée du roi Frédéric II qu’il n’a pas conservée après s’en être emparé au château de Sans-Souci en 1806 pour la déposer aux Invalides. La réponse de Napoléon fut : « Mais j’avais la mienne ».
a « imbécille ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils s’adonnent à la « chasse aux vieux coffres » pour décorer leurs maisons.
- Au printemps et pendant l’étéIls s’adonnent à une nouvelle passion, la « chasse aux vieux coffres ».
