« 17 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 199-200], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.735, page consultée le 01 mai 2026.
17 mars [1836], jeudi matin, 8 h. ½
Bonjour, méchant petit homme. Pourquoi que vous n’êtes pas venu dire un petit bonsoir
à votre Juju ? Vous êtes cause qu’elle n’a pas bien dormi et qu’elle est toute triste
ce matin. Elle vous aime cependant plus qu’elle ne vous a jamais aimé et elle est
toute prête à oublier tous vos trimes si vous venez la voir ce matin.
Oui, je t’aime, mon pauvre ange, je sens
bien la nécessité qui te force à me faire du chagrin mais je ne t’en veux pas, au
contraire ; plus je souffre de ton absence et plus je t’aime.
Je suis toujours
dans la même position qu’hier, je crois cependant que ce sera pour aujourd’hui. Je ne suis pas assez heureuse pour
qu’il en soit autrement. Enfin, je prends mon parti tant bien que mal des choses que je ne peux pas
empêcher. Je t’attends avec impatience ou plutôt avec amour. Je vais travailler
un peu ce matin n’étant pas sûre que cette fille viendra.
Je t’aime mon Toto,
je t’adore, mon grand Victor,
je te baise, mon chéri.
J.
« 17 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 201-202], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.735, page consultée le 01 mai 2026.
17 mars [1836], 7 h. ¾, jeudi soir
Si je t’aime ? Si je t’aime ? Jamais je ne t’ai, je ne dis pas plus aimé, mais autant aimé qu’à présent ; mon amour rajeunit et fleurit comme les jeunes bourgeons des arbres ; la sève était dans le cœur et je la sens qui monte à mes lèvres et dans mes yeux, tu peux la recueillir dans un mot : je T’AIME. Oui, je t’aime, oui, tu es mon amour, oui, tu es ma joie, oui, oui, tu es mon univers, mon ciel et mon paradis. Je t’aime, mon Victor adoré, je te le dis sans cesse parce que je le sens sans fin. Je t’aime. Je t’écris avant le dîner parce qu’il faut que le bouillon chauffe et que le traiteur arrive, mais ne crois pas que je borne ma pensée de toi, à ce chiffon de papier ; je vais penser à toi, je vais t’adorer, je vais te désirer, je vais te magnétiser pour t’ôter ton affreux mal de tête. À bientôt, n’est-ce pas ? Viens très tôt, j’ai un bon petit remède dans une très jolie PHARMACIE que je vous donnerai et qui vous guérira si vous m’aimez.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
