« 7 septembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 250-251], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12190, page consultée le 25 janvier 2026.
7 septembre [1845], dimanche matin, 8 h. ½
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour, mon adoré petit Toto, bonjour, je
t’aime, et toi ? Comment va ton petit bedon ?
Je n’ai pas eu le temps de te le demander hier puisque tu t’es en allé
tout de suite. Vous pouviez bien attendre une minute que je sois
éveillée tout à fait. Ce n’est pas de ma faute si je m’endors à minuit
quand je suis toute seule. Vous ne devriez pas alors me punir d’une
chose qui ne dépend pas de moi en vous en allant tout de suite.
Taisez-vous, méchant, vous devriez rester. Ça n’est pas loyal ni
généreux de votre part d’abuser de mon premier sommeil.
J’ai eu le
marin et sa mère à dîner1. J’ai complétéa mes
renseignements sur les sauvages. Je n’ai plus maintenant qu’à les mettre
au net. Du reste, rien n’est moins piquant que la compagnie de cet homme
salé, à part sa conversation sur ses voyages, et encore faut-il qu’il
soit très chauffé. C’est une nature très sauvage et très inculte
elle-même sans la moindre poésie ni au-dehors, ni au-dedans. Il part
demain pour Rochefort et de là pour Brest peut-être. Dans le doute, je
ne lui ai donné aucune lettre pour mon beau-frère. D’ailleurs ça n’était
pas très nécessaire dans aucun cas.
Jour, Toto, jour, mon cher petit
o, est-ce que tu t’en vas aujourd’hui2 ? Je ne sais pas si je dois désirer que ce soit demain plutôt
qu’aujourd’hui puisqu’il faut que tu t’en ailles. Si on me donnait le
choix, je ne voudrais pas te quitter du tout, jamais, mais on ne me
donne que le choix des bâtons, c’est-à-dire de
l’absence d’aujourd’hui ou celle de demain et encore ne me le donne-t-on
pas. Taisez-vous, méchant homme et baisez-moi.
Juliette
1 Mme Rivière et son fils. Juliette les avait déjà reçus le 16 août 1845 pour écouter et recueillir les récits de voyage de l’apprenti marin.
2 Victor Hugo part de nouveau le lundi 8 septembre et revient le mercredi 10 septembre au soir.
a « j’ai completté ».
« 7 septembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 252-253], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12190, page consultée le 25 janvier 2026.
7 septembre [1845], dimanche après-midi, 4 h.
Mon cher petit homme chéri, je crois que vous m’attrapeza et que vous
avez pris la clef des champs tout en ayant l’air de dire que vous ne saviez pas encore. Ce serait très
absurde de votre part parce que vous m’auriez empêchée d’aller voir
cette pauvre Clairette
justement un jour de congé. Si je me trompe, prouvez-le-moi en venant me
voir, sinon je croirai plus que jamais que vous êtes parti. Ô non, mon
petit bien-aimé, je ne le crois pas, j’en ai peur mais voilà tout. Je
sais que tu es incapable de me mentir à moi qui te disb toujours la
vérité. Seulement j’ai peur que tu n’aies reçu une lettre en rentrant
chez toi qui t’ait obligé à t’en aller aujourd’hui1 sans
avoir eu le temps de m’embrasser. J’espère que tu ne seras pas parti
sans m’écrire. Aussi j’attends une lettre de toi.
J’aimerais cent
millions de fois mieux toi, quoique tes
lettres soient adorables depuis le premier mot jusqu’au dernier. À tout
hasard je te ferai ton houblon ce soir. C’est le dernier paquet, ce qui
m’embarrasserait beaucoup si tu ne devais pas t’en servir ce soir parce
que je ne sais pas comment cela s’achète et quelle dose il faut dans
chaque paquet et que je pense que cela doit fermenter et se gâter d’un
jour à l’autre. Tu vois, mon petit bien-aimé, que tu n’as pas le droit
de t’en aller avant de m’avoir renseigné à ce sujet, surtoutc avant de m’avoir embrassée et approvisionnée d’amour
et de courage pour deux jours. En attendant, je t’attends et je t’aime
plus que plein mon cœur.
Juliette
1 D’après Jean Gaudon, « cette remarque laisse perplexe. Victor Hugo avait prévenu sa femme qu’il serait absent du lundi 8 au mercredi 10 septembre ; deux lettres à Juliette du 8 et une du 9 confirment ce voyage Il n’est pas impossible que Léonie Biard ait accompagné Hugo dans ce voyage mystérieux » (ouvrage cité, p. 97).
a « vous m’attrappez ».
b « moi qui te dit ».
c Evelyne Blewer lit : « [...] et surtout [...] ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
