« 17 janvier 1843 » [source : Lieu de conservation non identifié.], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.154, page consultée le 26 janvier 2026.
17 janvier [1843], mardi matin, 11 h. ¾
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour mon adoré petit homme, comment vas-tu, comment
m’aimes-tu, ce matin ?
Je t’ai vu cette nuit bien préoccupé de cette histoire de
MlleTouchet. Je sens combien ton amour-propre doit être chatouillé par de pareils hommages,
mais, mon pauvre ange, qui est-ce qui t’aimera comme moi ? qui est-ce qui donnera
sa
vie, son cœur et son âme à un seul homme comme je le fais pour toi ? Ce n’est pas
chez
moi un engouement de bas-bleus, un dévergondage de femme qui
épouse M. Ourliac pour coucher avec M. Hugo, une excitation de la tête ou un caprice
de tempérament.
Ce que j’éprouve, moi, c’est de l’amour, de l’amour plus souvent
malheureux qu’heureux, plus souvent triste que gai, mais toujours aussi tendre, aussi
dévoué, aussi passionné que le premier jour, que rien ne peut altérer ni détruire,
que
tu trouves toujours aussi fidèle, aussi pieux que si tu étais Dieu et que je fusse
ange.
Cependant je sens bien que tu as des curiosités et des désirs de voir en
détail des femmes qui s’occupent de toi d’une façon si flatteuse pour ton amour-propre
d’homme et de poète. Je ne veux pas t’en empêcher. Je sens seulement qu’à la première
infidélité j’en mourrai, voilà tout. Maintenant, à la volonté de Dieu et à la tienne.
Je suis toujours très souffrante, j’ai passé toute ma nuit à pleurer et je
pleure encore en ce moment-ci, mais qu’importe, si tu es heureux.
Juliette
« 17 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 53-54], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.154, page consultée le 26 janvier 2026.
17 janvier [1843], mardi soir, 11 h. ¾
Tu vas être bien étonné, mon petit bien-aimé, de ce que je t’écris si tard,
contrairement à mes habitudes quand je n’ai personne avec moi. Mais c’est qu’en effet
j’ai eu du monde : Eulalie et Joséphine sont
venues dîner avec moi ; la première parce que je l’avais mandée en toute hâte pour
aviser à trouver un remède à tes chemises ; elle les a recousues avec le plus grand
soin et maintenant, si elles manquent, ce ne sera pas par la couture, mais par
l’étoffe. Elle reviendra la semaine prochaine arranger les trois autres mais elle
ne
veut pas qu’on mette la déchirée à la blanchisseuse avant d’être raccommodéea.
Tout cela, mon petit Toto,
et la visite de Mme Guérard à qui, par parenthèse, je n’ai pas pu donner les 10 francs d’acompte, m’a tenue jusqu’à présent.
J’espérais que tu serais venu un moment avant ton dîner mais il paraît que tu ne veux
pas me gâter en me donnant deux joies si près l’une de l’autre. Aussi j’ai remarqué
que chaque fois que tu venais cinq minutes dans la journée, je ne te revoyais pas
de
la soirée. Pauvre adoré, je ne veux pas insister sur ta manière d’être avec moi depuis
plus de deux ans parce que je crains d’être injuste dans ce moment-ci. Aussi, mon
pauvre ange, je ne t’en veux pas. Je t’aime et je crois que tu n’as pas eu le temps
de
venir ce soir. Mais si je ne te voyais pas tout à l’heure je passerais une bien
mauvaise nuit.
Juliette
a « racommodée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
