« 7 avril 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 25-26], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7681, page consultée le 01 mai 2026.
7 avril [1841], mercredi midi
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon adoré petit homme. Pourquoi n’es-tu pas revenu, vilain petit homme ? C’est d’autant plus mal que j’avais à te demander pardon d’un excès de susceptibilité qui a été cause d’une scène triste entre nous cette nuit. Une autre fois, mon bien-aimé, je te prie de ne pas faire attention à ma tristesse puisqu’en général tu l’interprètesa mal. Par exemple hier, j’espérais retrouver le journal qui contenait les deux lignes causes du petit trouble survenu entre nous. J’espérais que ta confiance et ma parfaite innocence seraient ainsi récompensées mais ne les trouvant pas je n’ai pas pu m’empêcher d’être triste dans l’âme. Certes, pour un homme moins soupçonneux que toi cela n’aurait pas dû t’inquiéter, au contraire car il était évident que puisque j’avais du chagrin de ne pas trouver ce journal, c’est que j’aurais eu de la joie dans le cas contraire. Cela prouvait et pour ma probité et pour mon amour, mais tu es si défiant que tout te semble suspect. C’est une bien grande calamitéb dans une liaison comme la nôtre qu’un caractère comme le tien et qu’un amour comme le mien. C’est un supplicec de tous les instants, c’est une contrainte continuelle, tout chez moi est à l’état douloureux. Si je te parle de choses indifférentes et étrangères à nous je m’arrête au milieu d’un mot dans la crainte d’éveiller tes soupçons, ce qui me donne l’air d’une imbéciled. Si je te caresse et si je m’épanche en toi je tremble que ta jalousie ne vienne à la traverse. Enfin je suis très malheureuse.
Juliette
a « interprète ».
b « calammité ».
c « suplice ».
d « imbécille ».
« 7 avril 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 27-28], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7681, page consultée le 01 mai 2026.
7 avril [1841], mercredi soir, 9 h
Je viens de dîner, mon chéri, mais je n’ai encore fait ni ta tisanea ni ma lampe. J’ai un mal de tête
absurde et il est probable que je me coucherai aussitôt que j’aurai fait ces deux
choses et que je me serai un peu débarbouillée.
Vous voilà avec une bonne
provision de raisin, mon adoré, mais comme il se gardera tant qu’on voudra maintenant
je vous conseille d’en manger un peu moins tous les soirs afin de vous faire plus
longtemps du bien1. Ordinairement je me contente d’ôter les grains les plus pourris mais
cette fois-ci je l’ai assaini grain à grain, de sorte que j’y ai passé la journée
tout
entière comme tu as pu le voir, mon adoré. Je ne le regrette pas parce que ce sera
mon
bonheur de te voir manger cela sans répugnance et avec plaisir, et puis cela te fait
du bien. Avec ce mot-là j’en éplucherais bien d’autres.
La penaillon a apporté ta toile à caleçonb et ton coutil mais
elle croyait que je me servais de l’autre toile et elle n’en a apporté que pour trois
caleçonsc2. Si les ouvrières réussissent à les bien faire on sera à même
d’en racheter car quant à la première elle est décidément trop fine. Je vous aime,
mon
Toto chéri. Je t’adore, mon petit bien-aimé. Reviens bien vite, mon joyaud, j’ai besoin de te voir et de te
caresser.
Juliette
1 Le raisin est l’un des fruits préférés de Hugo et Juliette s’arrange pour en avoir le plus souvent possible lorsque c’est la saison.
2 Juliette se charge en général de raccommoder elle-même les vieux vêtements de Hugo, ou bien d’en faire coudre de nouveaux par Pauline, son ouvrière. C’est le cas notamment de ses caleçons.
a « tisanne ».
b « caleçon » et « caleçons ».
c « caleçon » et « caleçons ».
d « joyaux ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
