« 21 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 27-28.], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9571, page consultée le 03 mai 2026.
21 octobre [1835], mercredi matin, 10 h. ½
Bonjour, mon cher petit homme. Je me réveille seulement à présent avec la tête
lourde et douloureuse. Je m’aperçoisa que vous n’êtes pas venu encore cette fois, ce qui me prouve
que vous avez encore travaillé toute la nuit comme un dératé, ou bien que vous ne
m’aimez que très médiocrement. Mais je ne crois pas ça possible, attendu que je vous
aime de toute mon âme et que l’amour [attire ?] l’amour. « Il y a des
cœurs qui sont de fer et des cœurs qui sont d’aimant. »1 Le mien est d’aimant et le vôtre de fer. Je le réunis au mien et je
suis heureuse, voilà tout.
J’ai un grand mal de tête et un malaise général des
plus stupidesb. Je voudrais
cependant secouer toutes mes infirmités afinc d’être en état de paraître devant toi et puis si tu viens me chercher
pour aller au bois, il serait bon que je pusse me tenir sur les jambes et veiller
au
rangement de mes bûches.
Je vais me dépêcher de déjeuner et de me débarbouiller
pour être prête quand tu viendras me chercher.
À bientôt donc, je l’espère, mon
beau, mon noble, mon cher bien-aimé Toto.
J.
1 À élucider.
a « je m’apperçois ».
b « stupide ».
c « à fin ».
« 21 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 29-30.], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9571, page consultée le 03 mai 2026.
21 octobre [1835], mercredi soir, 8 h.
Mon cher petit astronome, vous m’avez quittéea bien brusquement ce soir. Était-ce que vous aviez grande hâte de
me quitter, ou bien était-ce le désir de revenir plus tôt auprès de moi ? Nous verrons
bien. Quoi qu’il en soit, je suis rentrée chez moi vous aimant plus que jamais et
désirant vous revoir aussitôt après que je vous ai eu quitté. Pour employer le temps
que j’avais à vous attendre, j’ai dînéb, j’ai luc, je
vous écris. Dans peu, je me débarbouillerai, je me coucherai et je vous attendrai
sur
de nouveaux frais. Et puis vous ne viendrez pas comme c’est votre habitude.
Ça
serait cependant bien gentil si vous veniez, car mon amour brille d’autant plus que
la
comète1 du ciel brille moins. Et avec un peu d’aide de votre
part, nous pourrions l’orner d’une queue toute flambante et resplendissante mais il
me
faut votre collaboration pour cela. Sans vous, je ne suis qu’une pauvre planète bien
humble que les plus subtils instruments en astronomie ned parviennent pas à découvrir.
Juliette
1 La Comète de Halley fut une des attractions de l’automne 1835. Hugo s’y intéressa. La période où elle était le plus visible se situait certainement entre le 12 octobre 1835 (passage au plus proche de la Terre) et le 16 novembre 1835 (passage au plus proche du Soleil). Cet événement était suivi de près par les journaux.
a « quitté ».
b « dîner ».
c « j’ai lue ».
d « de ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
