20 septembre 1838

« 20 septembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 243-244], transcr. Élodie Congar, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3093, page consultée le 24 janvier 2026.

Je ne suis pas du tout tranquille sur votre escapade de ce matin qui ne me paraît pas claire du tout. Ce serait bien mal si vous me trompiez, surtouta après la promesse que vous m’avez faite hier au soir sur cette fleur et sur mon amour. Il me semble que vous ne pouvez pas me tromper sans être le plus ignoble et le plus lâche des hommes, et je vous sais le plus noble et le plus loyal de ceux qui portent culotte. Aussi je me rassure et je vous aime avec confiance. Je vais me tenir prête quoiqueb je n’espère pas que tu aies le temps de venir me prendre aujourd’hui pour faire mes achats. Dans tous les cas, je ne veux pas les faire demain VENDREDI, c’est une vieille superstition de votre vieille Juju, qu’il faut respecter. Je vais déjeuner seule c’est bien ennuyeuxc, surtoutd quand je ne comprends pas la nécessité que vous déjeuniez en ville, enfin… Vous voyez, mon amour, que je vous rends votre lettre d’hier au soir. Ainsi vous n’avez rien à réclamer. Quand vous voudrez que je vous en écrive indéfiniment, vous n’aurez qu’à m’écrire un petit bout de lettre d’amour. Il y a bien longtemps que ça ne vous est arrivé, ça prouve le cas que vous faites de mes écritures, de mes [illis.] et de mon amour. C’est bien mal à vous parce que si vous ne tenez pas à mes lettres, moi je tiens aux vôtres autant qu’à votre personne mais je perds mon temps et ma peine à vous faire des reproches que vous ne comprendrez pas et dont vous ne tiendrez aucun compte, vilain sans cœur. À propos de cœur sans h comme ceux du Ventadour, voici la petite femme qui met le sien sur le carreau[Dessine]. J’espère que c’est clairf et que tout le monde peut deviner à quel genre d’exercice se livre la dame qui mange de la chandelle aux zaricots verts. Je vous aime. Venez me baiser mieux que ça encore, encore.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « sur tout ».

b « quoi que ».

c « ennuieux ».

d « sur tout ».

e Dessin d’une dame qui vomit :

© Bibliothèque Nationale de France

f « claire ».


« 20 septembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 245-246], transcr. Élodie Congar, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3093, page consultée le 24 janvier 2026.

Mon cher petit bien-aimé, je t’adore. Je suis aussi et plus tourmentée que toi pour notre Don César. Je voudrais que Joly eût le choléra, la gale et la rogne pour bien apprendre à être aussi bête et aussi ennemi de ses intérêts. Je ne vois vraiment pas comment tu vas te tirer de là ? Si tu n’as pas au moins un Chéri1 quelconque, je ne vois pas d’autre issue que de retirer ta pièce. Au reste tu sais cela mieux que moi et ce n’est pas à titre de conseil ce que je t’en dis mais parce que le sort de cette merveille m’intéresse au moins autant que toi. Je voudrais déjà que tu fusses revenu, pour t’embrasser d’abord et pour savoir où tu en es avec tes hideux saltimbanques. Il pleut, je ne pense pas que la mère Pierceau vienne. Au reste je l’aime autant car j’ai l’humeur peu sociable ce soir. Je pense à nos embarras et à notre amour, je n’ai que cela dans la tête et ce n’est pas amusant pour un tiers, quoique ça fasse l’occupation et le bonheur de toute ma vie. Soir Pa. Venez souper ce soir, vous me devez bien ça pour hier et ce matin.

Juliette


Notes

1 Chéri est un acteur auquel pense Hugo pour le rôle de don César. « Dès le 4 août, Joly se préoccupe de don César : “Vous m’avez recommandé Chéri ; c’est un mauvais sujet, un roué fini, avec un reste de bonnes manières” » (Anne Ubersfeld, édition critique de Ruy Blas, tome 1, Annales littéraires de l’université de Besançon, Belles Lettres, Paris, p. 100.)

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.