« 18 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 338-339], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8928, page consultée le 25 janvier 2026.
18 septembre [1836], dimanche après-midi, 4 h. ½
Mets ça dans ton cœur : je T’AIME. Voilà la lettre que je vous écris. Elle est
peut-être moins bien rédigée que celle que vous me dictiez ce matin. Mais elle a aussi
son petit mérite.
Dis donc tu sais que je suis une bête ? Tu sais que je suis une
folle ? Mais tu sais aussi que je t’aime, que je n’aime que toi et que je ne te trompe
pas en rien ? Car c’est bien vrai. Je ne sais pas comment ça se fait mais plus je
suis
méchante et absurde, plus je t’aime, plus je suis vieillea et laide et plus je te trouve jeune et
beau et ravissant1.
Vous voyez bien que
vous ne perdez rien à ce commerce-là. Mais moi c’est différent. Je suis sûre que vous
m’aimez de moins en moins et cela me rend bien malheureuse. Mon cher petit homme,
mon
pauvre amour aime-moi. Aime-moi encore plus car je le mérite bien, va. Je t’aime
moi.
J.
1 Plaisanterie de Juliette, qui va devenir récurrente, voire obsessionnelle après la publication de la « Légende du beau Pécopin et de la belle Bauldour » du Rhin, six ans plus tard. On peut parler d’un syndrome de Pécopin (tu rajeunis, je vieillis) mais elle en est peut-être l’inspiratrice autant que la victime.
a « vielle ».
« 18 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 340-341], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8928, page consultée le 25 janvier 2026.
18 septembre [1836], dimanche soir, 7 h. ½
Mon cher petit homme, je n’ai pas l’espoir que tu viendras de bonne heure puisque
voici l’heure du spectacle à peu près passée. Mais fais tout ton possible pour venir
souper avec moi. D’ailleurs vous me faites faire des soupers dont je n’ai pas besoin,
et puisque la dinde sera rôtie il faudra la boire – non, la manger.
J’ai une
espèce de terreur que vous soyez à Fourqueux que j’en tremble1. Cependant il faudrait bien vous aimer malgré cela et
c’est ce que je fais. Oui mon cher petit bien-aimé, absent ou présent je vous aime,
de
près ou de loin je pense à vous. Je n’ai qu’un désir : vous, qu’un bonheur : vous.
J’ai eu beaucoup de choses à faire depuis que vous êtes parti et je les ai
toutes faites. Je vous attends, parce qu’après tout j’aime encore mieux vous attendre
que de croire que vous ne viendrez pas du tout.
Je vous aime, je baise vos
mains, vos pieds et généralement tout ce que vous portez. Je vous attends avec votre
plume d’autruche2 et de poète.
Juliette
1 Pour l’été, Victor a loué une maison à Fourqueux, entre Saint-Germain-en-Laye et Marly-le-Roi, pour sa famille et ses amis. Il y fait des allers et retours fréquents depuis la Place royale.
2 C’est en 1836 que Victor Hugo présente sa première candidature à l’Académie. Elle se solde par un échec à la fin du mois de décembre et il lui faudra attendre cinq ans pour être élu. Juliette, qui ne peut que connaître ce désir du poète, évoque malicieusement, outre les plumes d’oies, les plumes d’autruche noires qui ornent le bicorne des académiciens.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
