« 11 avril 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 292-293], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2157, page consultée le 01 mai 2026.
11 avril [1836], lundi matin, 10 h.
Bonjour mon cher adoré, bonjour ma joie, bonjour. Je suis perclue ce matin, je ne
peux pas respirer et on croirait que j’ai les deux épaules démises. J’espère que ce
ne
sera rien ; au surplus, je suis ravie de ces douleurs-là, c’est une attestation de
notre bienheureuse soirée d’hier et je consens à devenir cul-de-jatte toute ma vie, pourvu que j’aie tous les soirs la même somme de
bonheur en revenu.
Mon cher bien aimé, je me sens attristée dans le souvenir de
mon bonheur par la pensée que tu étais triste et sombre en me quittant. J’aurais voulu
que tu fusses aussi heureux que moi, il paraît que je n’ai pas réussi puisque tu étais
mouzon. Il est probable que tu croyais avoir des raisons pour éteindre ainsi ma plus
grande joie, celle de te savoir heureux. Mais moi, mon cher adoré, je sais dans le
fond de mon cœur et dans ma conscience que tu es l’homme le plus aimé sous le ciel
et
le plus respecté dans la conduite de ta maîtresse. J’espère
toujours, mon pauvre adoré, que tôt ou tard, tu en seras convaincu et que tu ne seras
plus ni triste ni injuste.
Bonjour, méchant petit homme chéri. BONJOUR, cher bijou bien aimé. Tu auras encore travaillé
beaucoup cette nuit pour m’avoir de l’argent. Voilà mon épine à moi, quand pourrais-je me l’ôter et te laisser tes nuits pour le repos et pour l’amour. Ce temps-là sera un temps heureux et
béni, car je ne t’imposerai plus que l’amour en échange de l’amour. Toto, je
t’aime.
Juliette
« 11 avril 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 294-295], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2157, page consultée le 01 mai 2026.
11 avril [1836], lundi soir, 8 h. ½
Mon cher adoré, depuis que tu m’as quittée, j’ai déballé cette caisse et dîné, ce
qui
ne m’a pas empêchée de penser avec amour à toi, je t’assure. Oui, je t’aime. Je t’aime
de toutes les forces de mon âme et mes inégalités, mes injustices même, viennent d’un
excès d’amour, ce qui est cause que tu m’aimes moins. Oh ! non, n’est-ce pas, cela
ne
t’empêche pas de m’aimer chaque jour davantage et de me plaindre au lieu de me
blâmer ? Mon cher bijou bien aimé, si tu te mets à me haïr au fur à mesure que je
t’aimerai davantage, qu’est-ce que je deviendrai livrée à MA PLUS
CRUELLE ENNEMIE ?
Je ne te dis pas cela pour te forcer à avoir pitié de
moi. Je ne veux pas que tu aies pitié de moi. Je veux que tu m’aimes et voilà tout.
Je
veux que tu trouves le moyen de me donner ton portrait tant désiré. Je renoncerai
à
tout pour l’avoir. Ne me donne pas de pain mais donne-moi du
bonheur, donne-moi de l’amour, donne-moi ton adorée
personne le plus que tu peux et ton tant cher portrait pour te remplacer dans les
grandes heures d’absence.
Entends-tu mon cher adoré, entends-tu mon amant bien
aimé, entends-tu ? Je ne suis pas méchante mais je t’aime ; je ne suis pas ingrate mais
je t’adore. Mon cher petit Toto, j’espère que je te verrai
un pauvre petit peu ce soir. Je vais être bien bonne et bien résignée pour mériter
que
tu viennes.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
