« 27 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 69-70], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10893, page consultée le 04 mai 2026.
27 avril 1843, jeudi matin, 11 h. ½
Bonjour mon cher Toto bien-aimé, bonjour mon adoré, bonjour je t’aime, je t’aime,
je
t’aime. Comment vas-tu mon pauvre petit homme ? Est-ce que tu n’as pas pris un peu
de
repos cette nuit ? Je n’ose pas penser à cela, mon pauvre petit Toto, car j’éprouve
comme du remords d’en être la cause. Je t’ai écrit hier pour te prier de me laisser
vendre quelque chose. Tu serais bien bon et bien gentil d’y consentir. Quand tu
viendras je t’en parlerai, chose que je n’ai pas osé faire avant de t’en avoir prévenu
par lettre.
Donne-t-on les Burgraves ce soir ? Je
crains que le retard dans l’envoi des billets ne cache quelque pied de … Beauvallet pour ce soir. Je me trompe peut-être et
je le désire de tout mon cœur. Le temps continue à être favorable pour le spectacle.
Il serait bon que les Burgraves en profitent à leur tour
après avoir subi les chaleurs, les comètes1, les tremblements de terre, le National et le Constitutionnel du
mois de mars.
Je voudrais bien aller ce soir aux Burgraves si on les donne mais je voudrais y aller sérieusement pour les voir
et non pour assister à une scène ou deux. Tu serais bien gentil de venir me chercher
de bonne heure. À propos, j’ai oublié de te demander si tu souperais ce soir ? À tout
événement j’ai fait acheter des asperges. Si tu venais tout à l’heure, comme je
l’espère, tu me dirais cela au juste et je ferai acheter de la viande.
Jour Toto, jour mon cher petit o, je vous aime de toute mon âme. Baisez-moi bien vite et ne vous en allez pas. Je
vous le défends.
Juliette
1 Le passage de la comète de Halley avait fait attraction.
« 27 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 71-72], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10893, page consultée le 04 mai 2026.
27 avril 1843, jeudi après-midi, 3 h. ½
Je pensais que tu viendrais en allant à l’Académie, mon Toto, car il y a Académie
le
jeudi n’est-ce pas ? J’espérais que tu monterais me voir une petite goutte. J’espère
encore car l’heure n’est pas très avancée d’ailleurs, j’ai tellement besoin de te
voir
que j’espère toujours pour ne pas désespérer.
J’ai
taillé mes plumes, tu ne t’en aperçois peut-être pas, cependant elles sont excellentes
et mériteraient l’honneur de vous servir, quant à moi, c’est un peu peine perdue que
de me donner des bonnes plumes parce que je ne sais m’en servir ni d’une façon ni
de
l’autre.
Je te disais, mon Toto, que sur les 80 F
destinés au Mont-de-piété j’ai fait rentrer [5…9… ?] ce qui
m’a été fort agréable. J’ai mis 5 [illis.] de côté pour la blanchisseuse de dentelle, j’ai payé toutes mes dépenses et une
partie de celles de demain et il me reste 30[illis.] net. J’aurai certainement assez, et j’espère au-delà, pour finir mon mois.
Le temps continue à être favorable aux Burgraves mais
je ne sais pas pourquoi je crains quelques entraves pour ce soir. Je voudrais te voir
pour être sûre qu’il n’y a pas d’anicroches, et surtout pour vous baiser sur toutes
les coutures. Vous ne saurez jamais combien je vous aime, mon cher petit bien aimé.
Pensez à moi et tâchez de venir. Vous me ferez tant de joie que vous ne serez pas
excusable si vous ne venez pas bien vite. En attendant, je vous adore plus fort que
jamais.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
