« 29 septembre 1861 » [source : BnF, Mss, NAF 16382, f. 110], transcr. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.262, page consultée le 03 mai 2026.
Guernesey, 29 septembre 1861, dimanche, 8 h. ½ du matin
Bonjour, mon cher adoré bien-aimé, bonjour, je te souris corps et âme. Comment as-tu
passé la nuit, mon cher bien-aimé ? Bien, je l’espère et j’en suis toute heureuse.
Quant à moi je continue de me porter comme le Pont-Neuf (mon contemporain).
Ah !
Oh ! Voilà que tu ouvres ta fenêtre et tu es déjà tout habillé. Est-ce bon signe ?
J’espère que oui. En attendant que je puisse saisir ton regard au vol je me dépêche
de
faire ma chère petite restitus au galop de mon
cœur.
J’ai tous les jours tant de chiens et de Kesler et Miss Allix et de
Bénézit à fouetter que je ne sais auquel
entendre pour arrêter à six heures tout PARÉ, comme disent les marins. Enfin, je fais
de mon mieux, mais je n’ai pas une minute à perdre, pas même, hélas !, ce qui est
plus
triste, le temps de GAGNER mon bonheur en restant le plus longtemps possible avec
ma
pauvre restitus. Mais tout cela n’aura qu’un temps et notre table d’hôte finira par
redevenir la petite table intime et régulière de notre petit groupe uni.
Jusque
là je vais, je viens, je m’épouffe1 et je t’aime immuablement.
1 S’épouffer : étouffer, suffoquer (familier).
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo termine Les Misérables en Belgique. Juliette copie avec délices.
- 16 janvierHugo se laisse pousser la barbe.
- 25 mars-3 septembreVoyage à Londres, puis en Belgique et en Hollande et dans les environs ; séjour à Mont-Saint-Jean, à l’hôtel des Colonnes. Hugo quitte parfois Juliette pour rendre visite à sa famille à Bruxelles.
- 20 décembreHugo consent au mariage de sa fille avec le lieutenant Pinson.
