« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16323, f. 21-23], transcr. Jeanne Stranart et Véronique Cantos, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7024, page consultée le 24 janvier 2026.
Samedi, 6 h. du soir1
[Samedi 12 juillet 1834]
Je reçois à l’instant par la poste une bonne petite lettre de toi. Ce que tu as dû
souffrir en l’écrivant me la rend plus précieuse qu’aucune de cellesa que j’ai reçuesb de toi – Pauvre main bien aiméec, je te remercie d’avoir eu le courage de
me donner cette marque d’amour. Mon Victor adoré, comment es-tu sérieusement ? Car
je
n’ose pas me fier à tes attestations. Tu es si courageux, si noble, que je suis sûre
que tu me trompes pour m’épargner un chagrin – Mon Dieu, je voudrais pourtant savoir
la vérité. Si je ne craignais pas de te déplaire, j’enverrais chez M. Maynard, mais je ne sais pas jusqu’à quel point
c’est possible – Moi qui t’aime, plus que tout au monde, je ne comprends pas les
obstacles qu’on appelledconvenances. C’est bien assez de respecter la tranquillité
de ta maison, Dieu sait ce que cela me coûte à moi d’efforts de tous genres – Je vais
faire tout mon possible pour ne m’en rapporter qu’à toi aujourd’hui – J’enverrai
tantôt, au nom de M. Charpentier. Je vais aller à notre logement pour m’entendre avec
le doreur et Jourdain qui m’a apporté les
lése des rideaux qui sont si déchirésf qu’il ne sera pas possible de s’en
servir peut-être. Et puis il faut que j’essaye de te voir. Je passerai devant tes
croisées. Si je pouvais te voir, je m’en reviendraisg moins inquiète. Mon Dieu, mon Victor, que je t’aime – Mon
Dieu que je t’aime – On m’apporte ta réponse à présent. Je suis plus inquiète que
tout
à l’heure car Lanvin qui a fait la
commission a entendu un jeune homme qui sortait de chez toi dire que tu étais fort
souffrant et qu’on te mettait des cataplasmes. Tu me trompes donc, méchant enfant ?
Tu
ne veux pas que je m’inquiète, tu ne veux pas que je souffre de tes souffrances – Mais
moi, je veux souffrir quand tu souffres ainsi – À ce soir, d’autre nouvelle.
Si
je pouvais te voir !
[Adresse]
4e
Pr mon pauvre ami souffrant
1 Grâce à l’évocation de « M. Charpentier », on peut dater cette lettre du samedi 12 juillet 1834. En effet, Hugo envoie un billet à Juliette qu’elle reçoit le vendredi 11 juillet 1834 en indiquant : « Tu peux envoyer savoir de mes nouvelles sous le nom de M. Siméon Chaumier et de M. Charpentier. » (CFL, t. V, p. 1224.) Hugo aurait été victime d’un accident au bras survenu ce 11 juillet. Les inquiétudes de Juliette confirment la datation.
a « celle ».
b « reçu ».
c « aimé ».
d « appellent ».
e « lais ».
f « déchirées ».
g « reviendrai ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est pensionnaire à la Comédie-Française, engagée par faveur, mais n’y est jamais distribuée. Malgré de plaisantes excursions et villégiatures, l’inaction commence à lui peser, et les disputes alternent avec les réconciliations
- 15 janvierÉtude sur Mirabeau.
- 19 marsLittérature et philosophie mêlées.
- 1er avrilElle est engagée à la Comédie-Française, mais n’y jouera jamais.
- 14 maiPromenade sur la butte Montmartre.
- 2 juilletHugo lui offre un médaillon le représentant « sur fond de Notre-Dame de Reims ».
- 3 juilletExcursion à Jouy-en-Josas.
- 6 juilletClaude Gueux.
- 17 juilletIls vont à Notre-Dame de Paris.
- 20 juilletElle déménage du 35 bis, rue de l’Échiquier pour le 4 bis, rue de Paradis.
- 22-26 juilletVoyage avec Hugo à Saint-Germain, Meulan, Rolleboise, Louviers, Évreux, Pacy-sur-Eure, Poissy.
- 2 aoûtSuite à une violente dispute, Juliette Drouet fuit en Bretagne avec sa fille Claire chez sa sœur, à Brest.
- 8 août-1er septembreHugo l’y rejoint pour la ramener à Paris. Voyage à Brest et sur les bords de la Loire.
- 1er septembreHugo installe Juliette et Claire dans une petite maison dans le hameau des Metz près de Jouy-en-Josas, dans la vallée de la Bièvre.
- À partir du 3 septembreHugo séjourne chez Bertin aîné aux Roches, près de Biévres, avec sa femme et ses enfants.
- OctobreJuliette Drouet emménage au 50, rue des Tournelles.
