29 décembre 1845

« 29 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 313-314], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12296, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon petit Toto bien-aimé, bonjour, mon cher amour bien adoré, comment que ça va ce matin ? M’aimez-vous ? Moi je vous aime, c’est mon premier ouvrage dès le matin et mon seul et unique depuis un bout de la journée jusqu’à l’autre.
Je ne sais pas quand je vous verrai, mais je sais que je vous désire déjà furieusement fort. Si vous pouviez me faire sortir aujourd’hui, je serais bien contente. Je n’y compte pas, mais j’en ai bien besoin. Si vous vouliez, nous irions chez Duriez pour Le Rhin1. Vous savez que je suis très [illis.] quand on me promet quelque chose, et même quand on ne me promet rien. Et puis ce serait une occasion de sortir, de marcher et d’être avec vous, ce dont j’ai le plus grand besoin. Quelle vieille répétition je fais, je dis tous les jours la même chose, aux mêmes heures, avec les mêmes mots et dans les mêmes conditions. Dieu que cela doit t’ennuyer, d’y penser cela me fait peine pour toi. Mais tous ces regrets et toute cette pitié ne me donnent pas l’esprit de t’écrire quelque chose de plus drôle. Ce n’est pas la bonne volonté qui me manque, mais mes moyens ne me le permettent pas. Tout ce que je peux faire, c’est de t’aimer comme un chien et de te le dire de même. Et puis je vous baise de toutes mes forces en pensées, en désir et en effigie.

Juliette


Notes

1 Le 25 octobre 1838, Victor Hugo vend ses œuvres complètes à l’éditeur Delloye. Ce dernier met en place une société pour l’exploitation des œuvres de Hugo, dont le négociant Duriez fait partie.


« 29 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 315-316], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12296, page consultée le 24 janvier 2026.

Puisque vous n’avez pas voulu que je sorte, mon cher petit tyran peu délicat et pas blond, j’en ai profité pour faire un nettoyagea hideux dans ma maison en l’honneur de l’année 1846. Je viens de finir seulement à présent et je vous assure que je n’ai pas froid. Vous seriez bien gentil de venir me dire que ça sent bon chez moi et m’embrasser pour la peine que j’ai prise en grimpant à l’échelle comme une pauvre MALSENAIRE1. J’en ai du reste bien mal à l’estomac, du moins je l’attribue à avoir eu mes bras en l’air pendant plus de deux heures. Il me semble que votre séance2 doit être archi finie. Il est vrai, pauvre bien-aimé, que tu travailles, ce qui fait que je ne t’en veux pas. Je t’attends et je t’aime avec courage et ardeur. Je t’ai acheté deux paniers de raisin. Tu auras de quoi brouter au moins pendant huit ou dix jours. D’ici là, peut-être qu’il y en aura encore d’autre. En attendant, te voilà délivré de mesb odieuses pommes. Je t’assure que je ne perdrais aucun genre humain pour un fruit aussi badoulard. Il fallait que la bonne femme Eve fût bien rococotte et son auguste époux aussi pour s’attaquer à une chose aussi vulgaire qu’une pomme. Pour moi, j’en mange mais je les méprise profondément, ce qui doit leur être fort douloureux. Baise-moi, mon Toto adoré, et tâche de venir, ne fût-cec qu’une minute.

Juliette


Notes

1 Déformation de « mercenaire », utilisée par Hugo dans la lettre IV du Rhin : « – Et M. Simon ? Où est M. Simon ? – M. Simon ? Bah ! Il travaille. Il travaille toujours. Il travaille pire qu’un malsenaire. »

2 Une séance publique de la Chambre des pairs eut lieu ce lundi 29 décembre à 13 h.

Notes manuscriptologiques

a « un nétoyage ».

b « des mes ».

c « ne fusse ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.

  • 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
  • 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
  • 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
  • AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
  • 13 avrilHugo nommé Pair de France.
  • 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
  • 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
  • 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.