« 28 octobre 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 219], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3719, page consultée le 25 janvier 2026.
Guernesey, 28 octobre [18]64, vendredi matin, 7 h.
Bonjour, mon bien-aimé, bonjour et REBONJOUR car j’ai déjà salué des yeux et du cœur
ton petit signal arboré à ton balcon ce matin. J’espère que tu as aussi bien dormi
que
moi toute la nuit et que rien ne cloche dans ta santé ni dans ton amour car il faut
que tout soit d’accord entre nous deux dans la vie physiquea et morale si nous voulons arriver
ensemble au but suprême : le bonheur éternel, âme dans âme.
Que dis-tu de ce
temps, mon cher petit homme ? Est-il assez beau, assez doux, assez charmant ? Quel
été
de la Saint-Martin ! Il me semble que toutes les tendresses, tous les baisers et
toutes les extases de notre amour passé repoussent, reverdissent et refleurissent
en
moi sous ce soleil d’automne comme les fleurs sur les poiriers de mon jardin. La sève
de mon cœur remonte à mes lèvres, dans mes yeux et dans ma pensée en ce moment comme
si tu étais là auprès de moi comme autrefois. Sois béni, mon divin bien-aimé, pour
le
bonheur passé, pour le bonheur présent et pour celui à venir. Je t’adore.
Je ne
te demande pas à sortir parce que tu dois avoir comme moi bien des choses encore à
faire dans ta maison pour te retrouver dans tes habitudes de corps et d’esprit. Mais
dès que tu seras sorti de tes premiers encombrements je te prierai de reprendre nos
chères petites promenades sur la colline… ou ailleurs car le lieu m’est indifférent.
Pourvu que je sois avec toi, je suis heureuse, éblouie et ravie. En attendant je vais
faire force de voile et de rame pour remettre tout en ordre chez moi aujourd’hui.
Tantôt je t’enverrai le petit-déjeuner qui te plaît et je commencerai aujourd’hui
à
refaire ton café de tous les jours. À partir de demain tu n’en manqueras plus. Ce
sera
une joie pour moi de m’appliquer à te faire cette boisson qui te fait du bien et que
tu GOÛTES, comme on dit en Belgique. Mon cher petit homme, je te baise pieds et poings
liés pour que tu ne te sauves pas sous l’avalanche.
J.
a « phisique ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
