« 5 avril 1848 » [source : MVH, 8062], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4808, page consultée le 26 janvier 2026.
5 avril [1848], mercredi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon petit homme, bonjour, mon adoré petit homme, comment vas-tu et comment
m’aimes-tu ce matin ? Moi je vais autant bien que le permettent mes nombreuses
indispositions et le plus coulant des rhumes de cerveau. Du reste je me modèle sur
la
belle saison et j’ai le visage plus bourgeonné que mon jardin. Pour peu que cela
continue mon nez sera une vraie FLORE de nouvelles espèces et plus variée que celle
des Alpes. De tout cela il résulte que je suis parfaitement hideuse mais que je t’aime
encore plus parfaitement. On n’est pas parfait et je me contente de ces deux
perfections en attendant mieux.
À propos, rendez-moi donc mon dessin avec votre
genre de venir à 10 h. du soir quand je vous attends à cinq. Je me fiche du roi
Jérôme, moi. Je suis républicaine, moi,
je crie : À bas les aristocrates ! à la lanterne les pairs de France ! Moi, je crie :
vive les bons sans-culottes. Moi je suis bonne patriote, moi, je ne peux pas me payer
de la fichue raison que vous donnez à votre absence d’hier. Je suis flouée de mon
dessin et je m’en mords les coudes de regrets. Reviens-y polisson et tu verras de
quelle vignette je chaufferai ton illustration. En attendant je suis furieuse et vexée
et il y a de quoi. Si j’osais je vous dirais toutes sortes d’horreurs mais je n’ose
pas ma TIMIDITÉ s’y oppose. Baise-moi.
Juliette
« 5 avril 1848 » [source : MVH, 8063], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4808, page consultée le 26 janvier 2026.
5 avril [1848], mercredi, midi ½
Où es-tu mon bien-aimé, pour que je t’envoie mon âme et tout ce qu’elle contient de tendresse et d’amour ? Jamais je n’ai tant ressentia le besoin d’être avec toi et le regret de cette séparation forcée qui devient de jour en jour plus longue et plus difficile à supporter. Et cependant rien ne peut me faire espérer un prochain et heureux changement à cet état de chose maussade et triste qui m’afflige et me décourage depuis si longtemps. Mon Victor bien-aimé, j’ai le cœur plein des plus douces et des plus tendres choses. D’où vient que je ne t’écris jamais que des doléances et des plaintes plus ou moins amères ? Cela tient évidemment à notre séparation à laquelle je n’ai jamais pu m’habituer. Je t’aime et je souffre et c’est la souffrance qui s’exprime le plus souvent et malgré moi. Je m’en repens et je t’en demande pardon. Je voudrais et ne devrais te montrerb que le côté satisfait et doux de mon âme et garder pour moi seule la tristesse et l’ennui. Tu as été admirablement bon hier, comme toujours. Du reste, et je ne m’étonne pas de ton succès auprès de tous ces vieux durs à cuire. J’en excepte ce bon V.1 qui a été, lui aussi, bien bon et bien charitable. J’espère que le bon Dieu lui en tiendra compte dans ces trois pauvres enfants. Quant à toi, mon adoré, toutes les bénédictions ne suffiraient pas pour acquitter envers toi les dettes de reconnaissance contractées par tous ceux que tu as obligés. Tout le bonheur du monde serait insuffisant pour tout ce que mon cœur te souhaite.
Juliette
1 S’agit-il de M. Varin dont il est question dans la lettre du jeudi 6 janvier 1848, 9 h. du soir ?
a « ressentie ».
b « ne devrais ne te montrer ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
