« 27 octobre 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 218], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3718, page consultée le 03 mai 2026.
Guernesey, 27 octobre [18]64, jeudi soir, 4 h.
Vaa à ta visite, mon cher bien-aimé, aime-moi et souris-moi en pensée pendant que je te gribouille ma restitus de RENTRÉE et que je t’adore corps, cœur et âme. Je me suis levée si tard ce matin que je ne suis pas allée voir si le cher petit signal du bonjour était à son poste mais je ne serai pas toujours aussi fatiguée et aussi affairée que je l’ai été. Jusqu’à présent j’ai déjà remis ma maison sur pattes, elle n’a plus qu’à marcher piano, piano, comme d’habitude et je la suivrai de mon côté sans trop d’essoufflement. Pendant que tu fais de la morale à Marie Sixty, moi j’en fais à ma pauvre Suzanne que j’ai encore pris en faute hier. Il est vrai que la pauvre fille en rejetait la responsabilité sur la joie que lui causait mon retour. Mais hélas ! j’ai bien peur que ce ne soit à cause du proverbe : qui a bu boira. Enfin j’ai dû lui accorder encore cette fois la rémission et l’absolution de son péché mignon mais ce n’est pas sans inquiétude et sans tristesse pour l’avenir1. Mme Allez m’a envoyé tantôt une énorme corbeille de superbes nèfles par sa petite servante en me faisant dire qu’elle se souvenait que je les aimais et qu’elle me priait de lui donner de mes nouvelles. Ce procédé est d’autant plus aimable que ce genre de fruit est très rare et se vend très cher au marché et que la dame tient beaucoup à ses [pennys ?]. Cela m’obligera à te tourmenter pour que tu lui donnes le portrait que tu lui as promis avec ton autographe. Il faudra aussi que je lui fasse une petite visite de politesse un de ces jours. Nous irons ensemble si tu le veux. Quant aux poires de M. de la Bretonnière2 elles sont miraculeusement grosses. Malheureusement sur la douzaine qu’il t’a envoyée il y en a cinq d’absolument pourries et lesb sept autres doivent être mangées le plus vite possible pour en profiter avant qu’elle ne blettissentc. Voilà, mon cher petit homme, les nouvelles domestiques d’aujourd’hui. Quant à mon amour, devine si tu peux et choisis si tu l’oses entre l’admiration et l’adoration.
1 Suzanne, la servante de Juliette, est alcoolique.
2 Le 14 novembre Victor Hugo écrit dans son agenda : « Port des poires (12) M. Bretonnière ». (CFL, Tome XII/2, p. 1473).
a « Vas ».
b « les les ».
c « blêtissent ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
