« 20 novembre 1862 » [source : BNF, Mss, NAF 16383, f. 245 ], transcr. Camille Guicheteau, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6968, page consultée le 26 janvier 2026.
Guernesey, 20 novembre 1862, jeudi soir, 4 h. ¼
Voici le premier moment de la journée où je m’assieds, mon cher bien-aimé, c’est ce qui te prouve à quel point j’ai fourragé dans mon taudis depuis le haut jusqu’en bas. Enfin je viens de finir et j’en profite pour donner satisfaction à mon cœur qui ne s’arrange pas de tous ces retards-là. De ton côté, mon cher petit homme, tu as dû profiter de ce répit de mauvais temps pour aller te promener et je t’en approuve tout en bisquant dans mon affreux pied ; cependant je crois qu’il commence à se calmer. Je n’ose pas encore trop m’y fier parce que voilà bien des fois que j’y suis attrapée, à ce semblant de mieux. Demain je saurai à quoi m’en tenir. En attendant, je fais contre mon mauvais pied piteuse mine et je compte avec tristesse toutes les bonnes occasions d’être avec toi que j’ai dû laisser échapper à cause de ce stupide bobo. Mais aussi quelle revanche dès que je pourrai me tenir sur ma patte ! d’y penser j’en saute de joie. J’espère que tu ne tarderas pas à venir, mon bien-aimé, voilà ce qui me donne du cœur au ventre et qui me fait prendre patience dans mon impatience de te voir. C’est bête comme tout ce que je te dis là1, mais mais ça m’est égal car je t’aime.
1 Juliette affectionne ce vers de Ruy Blas (IV, 3).
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle se délecte du succès public des Misérables.
- 10 marsPremier dîner des enfants pauvres.
- 3 avrilParution de la première partie des Misérables.
- 28 juillet-26 septembreVoyage au Luxembourg et sur les bords du Rhin
