26 septembre 1860

« 26 septembre 1860 » [source : BnF, Mss, NAF 16381, f. 253], transcr. Amandine Chambard, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10063, page consultée le 24 janvier 2026.

Nous avons eu tort, mon pauvre bien-aimé, de laisser nos deux cœurs toute une longue nuit sous la triste impression de notre nouvelle bisbille. Une autre fois il ne faut plus que cela arrive, quitte à nous prendre aux cheveux le lendemain matin. En ma qualité de bâtonne je ne crains pas les bosses à la tête mais je redoute beaucoup les meurtrissures au cœur. Aussi, mon bien-aimé, si jamais cela se renouvelaita il faut nous promettre mutuellement de ne pas nous quitter sans nous être sourib et sans nous être embrassés très tendrement l’un l’autre. D’ailleurs PLAIE D’ARGENT N’EST PAS MORTELLE dit le proverbe, mais c’est presque toujours très douloureux pour les pauvres diables qui les ont ; puisses-tu ne jamais l’éprouver. En attendant, je prépare mon Balthazar de demain sans savoir au juste où je fourrerai tout ce monde-là. J’ai demandé un surcroît de rallonge à la table de Mme Allix mais comment le placer ? That is the question à laquelle les coudes répondront demain dans les flancs de leurs voisins. Quant à moi je m’en lave les mains et le reste par prudence et par propreté. Pendant que je te gribouille tous mes embarras la pluie tombe à verse et la tempête fait rage sur la mer et dans les arbres du voisinage ; quel temps, mon Dieu ! Heureusement que ce n’est pas le jour de départ de ces bons Vilainc ni même la veille car il y aurait de quoi s’inquiéter pour eux ou les forcer de rester jusqu’à ce que ce soit passé. Et à ce sujet je serai très contente s’ils ont pu s’arranger de la maison en question car ce serait pour nous tous un excellent et aimable voisinage. En attendant que le marché se fasse, mon cher bien-aimé, il faut nous aimer comptant et sans nous marchander nos tendresses mutuellement.


Notes manuscriptologiques

a « renouvellait ».

b  « souris ».

c  « Vilains ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo se replonge dans son manuscrit des Misérables. Juliette attend impatiemment qu’il lui donne à copier.

  • 12 juinElle part à Jersey, où Hugo la rejoint le surlendemain, pour un meeting de soutien à Garibaldi.
  • 19 juinRetour à Guernesey.
  • 30 décembreHugo se remet aux Misérables.