« 18 août 1858 » [source : BnF, Mss, NAF 16379, f. 236], transcr. Anne-Sophie Lancel, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5560, page consultée le 03 mai 2026.
Guernesey, 18 août 1858, mardi matin, 7 h.
Bonjour, mon bon bien-aimé, bonjour, je t’aime. Ne te laisse pas influencer par le mauvais temps, mon cher adoré, tâche que ta convalescence n’en soit pas contrariée. Pour cela, il faut prendre beaucoup de précautions contre l’humidité et le mauvais air. Tu seras sans doute réveillé de bonne heure à cause du départ de Paul ce matin. J’espère que cela ne te fatiguera pas et que tu lui diras adieu sans trop d’émotion. En attendant, je parfile1 une migraine dont je me passerais fort. Voilà trois jours qu’elle me tient sans que je puisse m’en débarrasser. J’étais si souffrante hier au soir que je m’étais couchée de bonne heure, mais à peine avais-je commencé de fermer les yeux que le citoyen Quesnard est venu frapper à ma porte pour avoir de la toile à charpie. Je me suis levée et je lui en ai donné mais ma migraine n’en a pas été diminuée, loin de là, car dans le premier moment de surprise, j’ai cru que tu te trouvais mal et cela m’a donné une commotiona dont j’ai été longtemps à me remettre avant de m’endormir. Tout cela n’est rien si tu vas bien et si tu es content ce matin, mon doux et cher adoré.
1 « Parfiler » signifie « défaire fil à fil un tissu précieux pour en récupérer l’or ou l’argent qui recouvre les fils ».
a « comotion ».
« 18 août 1858 » [source : BnF, Mss, NAF 16379, f. 237], transcr. Anne-Sophie Lancel, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5560, page consultée le 03 mai 2026.
Guernesey, 18 août 1858, 11 h. du matin
Je me dépêche sans avancer, mon cher adoré, et cependant j’ai bien à cœur d’avoir fini tous mes petits triquemaques avant ton arrivée. J’ai voulu ce matin cueillir des prunes que le vent et la pluie avaient fouettées et déchirées et je suis tombée du haut de l’échelle en entrainant et en cassant de très grosses branches de mon prunier, ce que j’ai beaucoup plus regretté que les meurtrissures de mes jambes de mon corps. Cette maladresse ne doit pas m’être entièrement imputée grâce à la stupidité et à l’entêtement de ma servarde qui a voulu placera l’échelle à l’opposé de l’endroit que je lui indiquais. Enfin, j’en suis quitte à bon marché et je n’ai pas le droit de me plaindre car je pouvais me casser bras et jambes et le reste. Tout cela aurait dû faire diversion à mon mal de tête mais il n’en est rien, au contraire, maintenant je n’ai plus d’espoir qu’en toi, que tu viennes de bonne heure, que tu sois bien portant et heureux et je ne penserai plus à ma migraine. C’est donc toi que cela regarde, mon bien-aimé, comme il est sûr que c’est mon bonheur de t’aimer.
a « placer ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo réchappe d’un grave anthrax, qui l’immobilise et l’empêche de voir Juliette, follement inquiète, pendant plusieurs semaines.
- 11 avrilJuliette Drouet visite Hauteville-House. Expérience déprimante.
- 3 juillet-4 octobreHugo est atteint d’un grave anthrax qui manque de l’emporter. Pendant des jours, Juliette est privée de sa vue, et obtient de ses nouvelles via les servantes, et leur médecin qui l’informe.
