« 25 mai 1855 » [source : BnF, Mss, NAF 16376, f. 223-224], transcr. Magali Vaugier, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7085, page consultée le 03 mai 2026.
Jersey, 25 mai 1855, vendredi après-midi, 3 h.
C’était bien la peine de me confisquer ma chambre et d’y faire un affreux remue-papier pour ne plus revenir. Quel diable de chien avez-vous donc à fouetter chez vous, que vous abandonnez tous vos FOUILLIS si carrément bien que vous ne m’ayez pas laissé la responsabilité. J’ai pris sur moi de fermer les deux fenêtres pour plus de sûreté. Du reste, pas plus d’Asplet1 que dessus la main. Il est probable que dans six mois je ne serai pas plus avancée qu’aujourd’hui et mon album pas davantage, si je ne harcèle pas sans relâche tous mes OFFICIEUX, vous compris ; ce à quoi je ne manquerai pas, je vous prie de le croire. En attendant Mme Charrassin m’a écrit une lettre des plus gracieusesa dans laquelle vous avez votre bonne part. Malheureusement elle vend sa vache aujourd’hui, ce qui renverse ma lâche espérance de vous donner une grosse motte de beurre exquis. Je le regrette cyniquement. Telle est ma force, quand il s’agit de flatter votre goinfrerie. Sur ce, permettez-moi de vous RÉGALER de mes plus doux baisers et laissez-moi vous fricasser mon cœur et mon âme à la sauce d’amour.
Juliette
1 Juliette a commandé à Philippe Asplet une nouvelle reliure pour son album.
a « gracieuse ».
« 25 mai 1855 » [source : BnF, Mss, NAF 16376, f. 225-226], transcr. Magali Vaugier, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7085, page consultée le 03 mai 2026.
Jersey, 25 mai 1855, vendredi après-midi, 4 h.
Gaie ou triste, bien portante ou souffrante, mon cher petit homme, je
t’aime au-delà de mon cœur et de mon âme. Tu as peut-être eu raison de
me gronder hier pour cet accès de chagrin, en apparence mon motivé, mais
pourtant je t’assure qu’il n’y a pas de ma faute. Peut-être les regrets
et les douleurs ont-ils leur saison et la sève des larmes monte-t-elle
du cœur aux yeux à des temps donnés sans que nous puissions nous y
soustraire ? C’est ce que j’ignore, mais ce dont je suis sûre, c’est de
t’aimer comme on peut aimer sur la terre et comme on doit aimer au ciel.
J’ai encore passé une mauvaise nuit et j’ai encore un grand mal de
tête mais j’espère que le bonheur de t’avoir toute une soirée me guérira
comme avec la main. En attendant, je mets les petits plats dans les
grands et je fourbis mes ustensiles de table tout en donnant séance au
citoyen Durand, lequel
continue à se plaindre beaucoup d’un nouveau mal qu’il s’est découvert
hier dans la soirée. Du reste il est toujours très affectueux pour toi
et pour moi par contrecoupa. Je ne lui ai pas parlé de dîner parce que
ma table est au complet et surtout parce qu’il m’a dit plusieurs qu’il
s’inviterait lui-même quand il se sentirait bien disposé. Je l’attends
sans impatience mais je n’en saurais dire autant de vous que j’attends.
J’attends à fond de train et amour abattu.
Juliette
a « contrecoups ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle suit Hugo, expulsé de Jersey, à Guernesey.
- 8 févrierMort d’Abel Hugo (né en 1798).
- 20 juinFête en l’honneur de Hugo dans son jardin.
Après la crise de démence de Jules Allix dans la nuit du 10 au 11 octobre, on met fin aux séances de tables parlantes. - 17 octobreHugo fait partie des signataires, dans le journal L’Homme, d’une déclaration s’opposant à l’expulsion de trois journalistes.
- 31 octobreHugo, François-Victor et Juliette quittent Jersey pour Guernesey. Hugo et son fils vont à l’Hôtel de l’Europe. Juliette va au Crown Hotel, puis en location.
- 9 novembreHugo et les siens s’installent au 20, Hauteville.
- 14 décembreJuliette vient d’emménager au 8 rue du Havelet, chez Miss Le Boutillier.
