« 27 juillet 1836 » [source : BNF, Mss, NAF 16327, f. 186-187], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7562, page consultée le 03 mai 2026.
27 juillet [1836], mercredi après-midi, 3 h. ½
Cher petit homme adoré, à peine êtes-vous parti que je suis triste comme un vieux
bonnet de nuit. Vous devriez bien tâcher de ne vous en aller jamais pour que je sois
toujours GEAIE. À cette condition je vous
permettrai de me chatouiller tant que vous voudriez, ou bien si vous ne pouvez pas
rester toujours avec moi nous en aller ensemble à Édimbourg. Je me laisserais tâter
mes blancs de poulet tout le temps que durera notre voyage. Vous voyez que les
conditions ne sont pas mauvaises et valent la peine qu’on y réfléchisse.
Cher
petit homme chéri, c’est bien vrai que je suis triste dès que tu n’es plus là pour
me
faire gaie et heureuse.
Je suis fabuleusement sale parce que j’ai fait un grand
remue-ménage depuis que tu es parti. Ça ne m’empêche pas de désirer votre retour
autant que si j’étais belle et très parée. Ça prouve que je vous aime de toutes mes
forces et de tout mon cœur et que je n’ai pas une pensée qui ne soit à vous.
Vous
devriez venir ne fût-cea que pour prendre une tasse de
l’excellent bouillon froid que vous avez manqué ce matin. Vous ferez bien plaisir
à
votre Juju et vous, vous mériterez sa reconnaissance éternelle. En attendant elle
vous
aime, elle pense à vous et vous envoie mille baisers par seconde.
Juliette
a « fusse ».
« 27 juillet 1836 » [source : BNF, mss, NAF 16327, f. 188-189], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7562, page consultée le 03 mai 2026.
27 juillet [1836], mercredi soir, 8 h.
Je viens de m’occuper de votre souper mon petit chéri. Maintenant il ne manquerait
plus que vous ne veniez pas du tout le manger. Ce serait ravissant et CARTONNANT à un point que je n’ose pas dire car je
crois que je serais capable de me suicider, d’autant plus que je n’ai pas dîné1 du tout pour avoir un appétit féroce ce soir.
Voici déjà
l’heure du spectacle passée. Je ne m’en plains pas, ça m’est égal, au contraire même
j’aimerais mieux n’y pas aller car toutes les pièces que nous voyons sont encore plus
bêtes que nous, ce qui n’est pas peu dire.
À propos j’ai mis un vrai corset
aujourd’hui. J’ai été effrayée de mon monstrueux embonpoint et c’est bien traître
à
vous de ne m’avoir pas dit cela plus tôt. Au reste vous serez doublement puni de votre
sournoiserie car je compte débuter demain soir par LUCRECE et MARIE TUDOR. Je me sens
assez robuste pour supporter ces deux rôles.
Il fait presque nuit. À peine si je
vois pour mettre une lettre l’une devant l’autre. Heureusement que j’y vois assez
pour
ne pas mettre mon amour dans mon oreille et que je peux vous embrasser tout de même
dans l’ombre.
Juliette
1 Juliette entend par là le fait qu’elle n’a pas déjeuné : on parlait encore de « dîner » pour le repas du milieu de journée, à ne pas confondre avec le souper du soir.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
