« 23 juillet 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 187-188], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8589, page consultée le 03 mai 2026.
Bruxelles, 23 juillet 1852, vendredi matin, 7 h. ½
Bonjour, mon doux adoré, bonjour ma joie absente, bonjour mon bonheur caché, bonjour mon amour, bonjour ma vie. J’espère que tu as fini avec Dumas et que je te verrai ce soir. Si tu savais quelle affreuse mystification que cette prétendue distraction d’hier tu me plaindrais de l’avoir subie pendant plus de deux mortelles heures. Quanta au Docteur Yvan il a été mieux avisé que nous et il s’est privé de cette puanteur de tabagie et de ces cris de carrefour en ne venant pas au rendez-vous du casino d’été, qui ne diffère de celui d’hiver que parce qu’il est un peu plus méphitique1 et un peu plus mal hanté. Voilà cher petit homme les plaisirs vifs et variés que je me suis payés hier, à mon grand regret, et pour ne pas désobliger la mère Luthereau qui croit de son devoir de me tenir compagnie en ton absence. Heureusement que ce prétexte, tu ne le lui donneras pas ce soir, n’est-ce pas mon adoré ? Je t’attends ce matin, aussi je me dépêche pour te faire de la place : il faudra absolument que je sorte tantôt pour les passeports et pour les malles2. Nous conviendrons aussi du moment où on pourra aller prendre la tienne chez toi car il est tout à fait temps de s’occuper de nos préparatifs de départ, cher petit homme. J’espère que tu n’es pas aussi fatigué et aussi préoccupé qu’hier. Tu avais l’air triste, mon pauvre bien-aimé, ce qui ne s’explique que trop par l’accumulation de responsabilités qui pèsent sur toi. Ô que je voudrais pouvoir l’alléger en la partageant mais je ne peux rien que t’aimer, t’aimer, t’aimer, et toujours t’aimer. Hier quand tu as disparu derrière cette porte de la maison de Dumas, il m’a semblé que le soleil de mon âme venait de disparaître de mon horizon. Aussi je suis revenue presque triste, presque malheureuse de la pensée de ne pouvoir te revoir d’ici au lendemain. Mon Victor, mon amour béni, tu vas venir tout à l’heure, n’est-ce pas ?
1 Méphitique : aux exhalaisons puantes.
2 Préparatifs du voyage pour l’île de Jersey.
a « Quand ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
