« 8 mars 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 163-164], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5263, page consultée le 27 janvier 2026.
8 mars 1845, samedi matin, 11 h. ½
Tu as bien fait, mon adoré, de venir tout à l’heure. Je t’en remercie du
fond du cœur. Mais je te prie de ne pas laisser passer une seule nuit
sans venir m’embrasser. Il ne t’en aurait pas beaucoup coûté, puisque tu
étais dans les rues à deux heures du matin, de venir jusque chez moi.
Pauvre bien-aimé, peut-être étais-tu bien fatigué, bien gelé et bien
pressé de te reposer ? Dans ce cas-là, je te pardonne et je trouve que
tu as très bien fait.
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour,
ma vie, bonjour, ma joie, bonjour, vous, bonjour, toi. Je vais t’envoyer
chercher des gants. Les tiens me serviront, ne t’en inquiète pas. Il
faudra qu’ils fassenta leur temps de service comme si de rien n’était. Mon
Dieu que j’ai froid ! C’est hideux un temps pareil. Cela me fige toutes
les paroles sur les lèvres et toutes les idées dans la tête. On ne
trouve rien à dire qu’un affreux grelottement prolongé qui vous
décompose toute la figure. Pour ma part, je suis glacée et stupide.
Pardonne-moi, mon Toto, de ne savoir pas mieux résister au dévergondage
du thermomètre. En attendant que tu viennes, je vais faire ta
tisaneb et
t’aimer, et penser à toi et te désirer. Cela me réchauffera. Je te
baise, mon ravissant petit Toto, partout et autre part encore.
Juliette
a « qu’il fasse »
b « ta tisanne »
« 8 mars 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 165-166], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5263, page consultée le 27 janvier 2026.
8 mars 1845, samedi après-midi, 4 h. ¾
J’espérais que tu viendrais tantôt, mon petit homme chéri. Il paraît que
je t’avais compté sans mon AUTRE. Cependant je t’ai bien désiré et bien
aimé. Qu’est-ce qu’il faut donc, mon Dieu, pour vous attirer ? Dites-le
et si c’est impossible, on le fera mais ne me faites pas tirer la langue
comme un pauvre chien enragé. C’est aujourd’hui le dernier jour
d’Eulalie. Elle ne viendra
plus maintenant que tous les quinze jours pour aller chercher Claire. Elle aura fait une longue
station chez moi mais j’en avais vraiment bien besoin. Maintenant me
voici un peu à flot. Il ne me restera plus qu’à entretenir et pour cela,
je profiterai des grands jours d’été.
Je pense que c’est demain que
Granger doit envoyer
toucher son acompte. Je vais regarder tout à l’heure où j’en suis de la
dette. Je voudrais qu’il fût payé et tous les autres aussi. Ce serait un
grand soulagement pour toi et pour moi. Rien ne m’est plus pénible que
de savoir que tu travailles pour éteindre toutes mes dettes passées1. Le jour où ce
sera fini sera un des plus beaux jours de ma vie.
Je te fais penser
de nouveau, mon doux bien-aimé, à M. Robelina. Je crains qu’il ne
puisse te donner aucun avis utile sans avoir vu les lieux. Dans ce
cas-là, il vaudrait mieux avoir recours à l’architecte de Mme Triger. Qu’en penses-tu ? Il est urgent de faire viser
ces comptes puisqu’on a tant fait et le plus tôt serait le mieux.
Penses-y, mon Victor, si tu le peux toutefois et aime-moi un peu, moi
qui t’aime de toute mon âme.
Juliette
1 Juliette Drouet avait été jugée par le tribunal de police correctionnelle le 8 décembre 1833 afin de payer ses dettes, notamment à Mme Ribot.
a « M. Roblin »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
