« 29 septembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 199-200], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5507, page consultée le 03 mai 2026.
29 septembre [1844], dimanche midi ½
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour mon cher amour, bonjour ma vie, ma joie, mon âme,
mon tout. Comment vas-tu ce matin, mon Victor adoré ? J’ai regretté de ne t’avoir
pas
fait mettre ton gilet de cachemire cette nuit, car il était tout prêt et raccommodé
à
neuf. Ce matin j’ai rangé toutes tes petites affaires ; ton habit accroché dans mon
armoire à la place d’honneur, ton gilet et ta cravate dans
mon armoire, sur mon mantelet, tes petits souliers niffés1 par moi et tes chaussettes de soie repliées comme si de rien
n’était. À défaut de vous, mon cher petit cochon, je
m’attache à vos nippes et je les soigne et je les débarbouille con amor.
Vous étiez très beau hier, mon Toto, trop beau même, car ce qui
abonde vicie dans ce cas-ci et trouble furieusement ma
tranquillité. Du reste, et pour être sincère, je ne suis pas sûre que votre habit
soit
trop large. Il se peut que je me sois trompée et qu’il
faille qu’il soit ainsi. Rapportez-vous en à des esprits plus sûrs que le mien. Tout
ce que je peux vous dire, c’est que vous étiez très gentil hier et que les femelles
royales sont des gaillardes bien heureuses. En attendant, je regarde le temps
tristement et je m’applique à me trouver du courage et de la résignation pour demain,
chose très peu facile et très peu conciliable avec le besoin que j’ai de passer une
journée avec vous. Hélas ! ……
Juliette
1 Le sens est à élucider, mais la lecture n’est pas douteuse.
« 29 septembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 201-202], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5507, page consultée le 03 mai 2026.
29 septembre [1844], dimanche soir, 11 h. ¾
Mon Toto chéri, je t’écris à une heure presque indue. Tu en
sais la cause ? On est venu chercher Mme Luthereau très tard et depuis j’ai compté ma
dépense et fait ma toilette de nuit. Cependant, je ne veux pas perdre mon droit de
gribouillage et je me hâte d’en user avant ton arrivée.
Je t’aime, mon Victor
chéri, je t’aime, mon pauvre ange. Je ne te rends pas responsable de ma mauvaise
chance et du mauvais temps. Je reconnais que tu es la bonté même. Je t’aime, je
t’aime, je t’aime, mon Victor. Sois en bien sûr.
Tantôt cette stupide Suzanne a été cause que je ne t’ai pas vu en aller.
Je l’aurais battue de bon cœur pour lui apprendre à venir se jeter à travers mes
jambes au moment où je cours après ton regard. J’en ai été toute malheureuse jusqu’au
moment où tu es revenu. Vois-tu, mon amour, ce n’est ni de la manière, ni de
l’exagération, mais je ne peux pas perdre une seconde de toi, et surtout par ma faute,
sans en souffrir horriblement. Aussi tu penses si j’ai été contente d’avoir manqué
mon
rendez-vous traditionnel.
Je crois qu’il fera beau
demain. Le bon Dieu nous doit bien cela, à toi, à Claire et surtout à moi pauvre Juju. Je serai bien heureuse si nous
pouvons sortir demain.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
