« 27 août 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 105-106], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12180, page consultée le 03 mai 2026.
27 août [1842], samedi après-midi, 4 h.
À tout événement, je me risque, mon bijou, à prendre du grand papier. J’ai
décidément une antipathie prononcéea pour le petit, surtout quand je dois écrire tout d’une haleine
un immense gribouillis. Si vous ne voulez pas que je m’en serve dans ces occasions
SOLENNELLES, je n’en prendrai plus et je continuerai à vous écrire sur le petit
papier. Je crois qu’il est temps que je sorte des petits papiers, car je ne suis rien
moins que drôle dedans.
Vous savez, mon amour, que j’ai la bonhommie d’ajouter
foi à vos promesses et que je compte sur vous ce soir pour le dindonneau et pour le dernier des marquis1. Dans cette conviction, je me dépêche à
[illis.] toutes mes friperiesb et à
mettre ma maison en ordre ; après, je songerai à me toiletter et j’aurai le choix
entre la robe de foulard doublée et la robe de damas ou de
Lyon également doubléec. Je vous assure, mon amour, que quel que soit VOTRE ESPRIT à ce sujet, vous ne
me persuaderez jamais que je ne suis pas une femme ÉTOUFFÉE par la température plus
que sénégalienne de ces trois pelures. Si vous avez autant d’humanité que de bonnes
plaisanteries dans le fin fond de votre esprit, vous gratterez plusieurs tiroirs pour m’en avoir une pauvre petite de rien du tout
avec laquelle je puisse revivre et respirer. Non, mon pauvre ange, toute chose
cessant, je ne veux pas t’ennuyerd
ni te fatiguer. Cette année est une année trop mauvaise pour nous tous, et pour toi
en
particulier, pour que je ne sois pas trop heureuse de te faire ce sacrifice.
D’ailleurs, voici le commencement de ce que je redoutais tant qui arrive. Aujourd’hui,
l’affreuse Ribot, demain les autres
créanciers, tous plus affamés les uns que les autres et auxquelse il faudra jeter quelques riens de
temps en temps si nous ne voulonsf
pas les entendre hurler à notre porte. Voilà, mon pauvre adoré, ce qui devient de
jour
en jour plus menaçant et voilà ce à quoi nous devrons parer de tous nos moyens et
de
toutes nos forces. Trop heureux si nous parvenons à en sortir avec honneur. Je t’aime
mon Victor. Je t’adore mon cher petit bien-aimé. N’oublie jamais cela même dans les
moments où je suis si maussade et où tu me rudoies tant.
Juliette
1 À élucider.
a « prononcé ».
b « fripperies ».
c Souligné deux fois.
d « t’ennuier ».
e « auquels ».
f « voulions ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
